keyboard_arrow_up

La transition écologique au coeur des stratégies du sport et des loisirs

La deuxième édition de l’EcoSport Day s’est tenue jeudi 19 mars sous un format inédit : un plateau TV organisé en trois épisodes thématiques. Cet événement a réuni experts, entreprises et acteurs publics autour des enjeux majeurs de transition écologique dans les secteurs du sport, des loisirs, du cycle et de la mobilité. 

Cette édition 2026 s’est centrée sur trois enjeux structurants présentés et discutés lors de d'épisodes dédiés, qui seront prochainement disponibles en replay. 

Pensé comme un espace d’échanges et de diffusion élargie, ce format par séquence permet de valoriser les retours d’expérience et d’accélérer la transformation des modèles économiques face aux enjeux à venir, des exigences réglementaires croissantes aux tensions géopolitiques en passant par la raréfaction des ressources. 

Séquence n°1 : la sobriété, facteur différenciant et créateur de valeur dans mon entreprise


Animée par Anne Lechevrel-Chateau, animatrice de la commission développement durable de l’UESC, cette première table ronde a interrogé la sobriété comme levier de transformation et de compétitivité. Emmanuelle Ledoux, directrice générale de l’Institut national de l’économie circulaire, a rappelé que « la sobriété est la réponse aux grands enjeux de notre temps : sans ressources, nos modèles ne fonctionnent plus”. Elle souligne la nécessité de passer d’un modèle linéaire à une économie circulaire intégrant réduction, réemploi et recyclage. 

Les entreprises ont illustré concrètement cette transition :  

Gilbert Mathot du groupe Pro Urba, qui mise sur des matériaux recyclés innovants et le Made in France pour réduire l’empreinte carbone, détaille leur stratégie : « nous intégrons des matériaux recyclés pour allier performance, durabilité et attractivité”.  

François Régis Deschamps, de Récréa, société à mission, insiste sur la gestion de l’eau dans ses centres aquatiques : « la sobriété hydrique est au cœur de notre modèle : chaque litre compte ».  

Fanny Allarousse, directrice RSE de Babolat, précise la manière dont l’entreprise développe une approche globale d’éco-conception : « La sobriété, ce n’est pas faire moins, c’est faire mieux » résume-t-elle.  

Enfin, Jean Adrien Monleau d’Upway, entreprise de reconditionnement de vélos électriques, rappelle que sa mission « rend la mobilité électrique à la fois accessible et durable. » 
 
La sobriété ne doit donc plus être vue comme une contrainte, mais comme un facteur de résilience et de création de valeur, à condition de lever les freins économiques et de passer à l’échelle. 

Séquence n°2 : L’affichage environnemental : comment et pourquoi mieux informer les consommateurs sur mes produits ?


Animée par Aude Penouty - co-animatrice de la commission développement durable de l’UESC, cette table ronde met en lumière un enjeu clé : rendre l’impact environnemental des produits lisible et utile pour le consommateur, dans un contexte d’évolution réglementaire européenne.  

Les discussions ont mis en évidence la nécessité d’aligner transparence, pédagogie et crédibilité. L’affichage environnemental volontaire se déploie progressivement en France, porté par les entreprises elles-mêmes. Comme l’explique Clémence Hulet, Directrice mode et luxe au sein du département Développement chez Durable Deloitte France , le but est notamment  “d’enrichir la relation client et augmenter la confiance en apportant une information plus transparente et plus fiable ». Dans une logique d’anticipation, elle rappelle que « l’objectif, c’est aussi d’éviter qu’un tiers publie un score à ma place, sans maîtriser la méthodologie ni les données » 

Comme le rappelle Camille Martin Chargée de l’affichage Environnemental au sein du commissariat général du développement durable rattaché au ministère de la Transition Écologique, « le nerf de la guerre, c’est bien sûr les données, et surtout la capacité à aller les chercher sur toute la chaîne de valeur ».  

Chez Intersport, l’affichage est avant tout un outil structurant. Pour Claire Gauthier Le Boulch , responsable de la transformation durable au sein du groupe pour la France, « on le voit vraiment comme un levier de transformation interne, qui nous oblige à revoir nos process, nos outils et la relation avec nos fournisseurs » 

Le futur passeport numérique produit (DPP) va renforcer cette dynamique à l’échelle européenne, avec pour ambition de standardiser l’information et d’améliorer la transparence sur l’ensemble du cycle de vie des produits. 

Un autre frein demeure la lisibilité de ces informations : « aujourd’hui, on est encore sur un score en points qui reste difficile à comprendre pour le consommateur, et qui peut freiner son appropriation » rappelle Claire Gauthier Le Boulch.. 

L’affichage environnemental s’impose comme un outil stratégique, à la croisée de la transparence, de la transformation des entreprises et de la confiance des consommateurs. Son intégration passera par un travail collectif d’harmonisation et de pédagogie. 

Séquence n°3 : Les REP : quelles pistes pour transformer des contraintes réglementaires en opportunité ?


Cette table ronde présentée par Pierre Gogin, Président de la commission Développement Durable de l’UESC, met en lumière un enjeu majeur : organiser la gestion de la fin de vie des produits via les filières REP, au croisement des enjeux environnementaux, économiques et réglementaires. Ces filières évoluent notamment d’un rôle de gestion des déchets vers un rôle plus large de transformation.  

Pour Amélie Montoriol d’Ecologic, « aujourd’hui, on n’est plus seulement là pour financer la fin de vie, mais aussi la réparation, le réemploi, l’éco-conception et la sensibilisation ». 

Le secteur textile illustre les limites actuelles d’une filière textile sous tension et les défis à relever. Hélène Daret de Refashion rappelle « qu’on ne collecte aujourd’hui qu’environ 32 % des produits mis en marché, ce qui pose un vrai problème économique et environnemental ». 

La discussion a permis de mettre en exergue l’émergence de nouvelles filières stratégiques, comme celle des batteries qui deviennent centrales avec la transition énergétique. Emmanuel Toussaint-Dauvergne de Batribox anticipe que « dans les 10 à 20 ans à venir, on va être confrontés à un volume massif de batteries à collecter et à traiter ». 

La complexité du système appelle à davantage de coopération et coordination entre filières et éco-organismes. Selon Domitille Derennes de Citeo Pro, « l’enjeu, c’est de simplifier la vie des metteurs en marché avec des points d’entrée et des interlocuteurs plus lisibles ». 

Une approche plus globale et transverse de l’économie circulaire est nécessaire. Le droit peut être un levier de transformation, comme le rappelle Clara Berman, docteure en droit et responsable des affaires publiques France de Decathlon : « le droit doit être un levier pratique au service de la transformation des modèles économiques ». 

La fragmentation des systèmes REP en Europe complexifie fortement la tâche des entreprises. Jérôme Pero, secrétaire général de la Fédération Européenne des Sporting Goods (FESI) a rappelé que la “France [était] précurseur en matière de REP, mais que la  situation est extrêmement compliquée à l’échelle européenne. Un des principaux sujets est l'harmonisation, car les barrières internes de l’UE sont plus importantes que les barrières externes”. 

Les filières REP apparaissent clairement comme un système en construction, mais incontournable pour une économie circulaire efficace.   

Clara Bermann docteure d’Etat en droit public qui présentera sa thèse soutenue le 13 juin dernier : « Le produit sportif durable : d’un droit des déchets à un droit de l’économie circulaire »