Elle a porté haut les couleurs de la France sur les pistes, accompagné l’essor des stations françaises après-guerre, préside le numéro un mondial de la location de skis, Skiset. Annie Famose partage avec Filière Sport son expérience et sa vision de haut vol sur l’entrepreneuriat et le marché du ski. Extrait du Grand Entretien paru dans Filièresport n°25.

Vous avez vécu l’âge d’or du ski français. Quelle était l’ambiance au sein de l’Équipe de France dans les années 60 ?

Dans les années 60-70, les équipes de France ont été les meilleures de l’histoire du ski français. Dans l’équipe féminine, nous logions à quatre dans une petite chambre de 10 m2 avec deux lits superposés, et les quatre ont emporté 8 médailles sur 12 attribuées ! C’est en partie le fait du hasard, mais aussi de tout l’environnement mis en place avec les entraîneurs, le ministère et la volonté du général de Gaulle de développer le sport de haut niveau. Aujourd’hui, hormis peut-être en slalom géant, où l’équipe est forte, le ski français est plus porté par des individualités.

À l’époque, vous intéressiez-vous au matériel de ski ?

Je choisissais moi-même mes chaussures et mes skis tout en restant globalement fidèle à Rossignol. Ils m’avaient fabriqué des skis plus courts que la moyenne, de 1,95 m, soit 10 cm de moins que ceux des sœurs Goitschel, pour les adapter à ma taille. Mais quand je vois la dimension des skis de slalom aujourd’hui, je m’en veux de ne pas avoir eu l’idée de demander de vrais skis courts !

« Le grand défi de la montagne, c’est la question des lits froids. Mais les sites internet de location entre particuliers pourraient changer la donne. »

Avez-vous regretté de ne pas devenir entraîneur de ski après avoir arrêté la compétition ?

Cela m’aurait bien plu, mais on m’a dit que ce n’était pas un métier de femme ! Quand j’ai arrêté, j’étais professeur d’éducation physique mais cela ne me tentait pas d’exercer ce métier immédiatement. J’ai dans un premier temps fait la promotion des nouvelles stations de ski françaises partout dans le monde. Cela m’a beaucoup appris sur l’économie du ski. Les années 60 ont vu la création de stations sur de nouveaux domaines skiables, comme Avoriaz, initiée par Jean Vuarnet et bâtie par Gérard Brémond (un proche d’Annie Famose, fondateur de Pierre & Vacances, NDLR) ou Les Arcs, au-dessus de Morzine, par Robert Blanc et Roger Godino. Ensuite, nous avons ouvert notre premier magasin avec Isabelle Mir, à Avoriaz.

Êtes-vous devenue entrepreneur par vocation ou par nécessité ?

Quand nous avons acheté notre magasin, ce n’était pas de l’entrepreneuriat. Nous étions d’anciennes sportives amateures pures et dures, avec comme seul bagage notre notoriété, il fallait se mettre au boulot ! Les premiers banquiers que nous avons rencontré nous disaient qu’à chaque fois qu’ils avaient prêté à un sportif, cela s’était mal fini. Nous avons fini par obtenir un crédit. Ensuite, nous avons essayé de comprendre comment gérer et faire fonctionner ce commerce. Nous ne savions même pas ce qu’était la TVA.

De quelle création êtes-vous la plus fière, le Village des Enfants ou Skiset ?

Les deux, car pour moi, l’important, c’est de créer. Le Village des Enfants, en 1975, a été une grande innovation. Le principe était de garder les enfants toute la journée et de ne pas leur proposer que le ski comme activité. Aujourd’hui, quarante ans après, cela marche toujours aussi bien, c’est dire que l’on avait trouvé la bonne idée ! Skiset est apparu à une autre époque, vingt ans plus tard, au terme d’une réflexion sur les mécanismes qui permettraient de regrouper les magasins de stations.

 

 Dates clés

16 juin 1944 : naissance à Jurançon (Pyrénées-Atlantiques)

1966 : championne du monde de slalom à Portillo du Chili

1968 : double médaillée olympique (slalom géant et slalom) à

1972 : ambassadrice des nouvelles stations de ski françaises à travers le

décembre 1974 : ouverture à Avoriaz du magasin de ski Mir-Famose, en association avec son amie et ex-coéquipière d’équipe de France, Isabelle Mir.

décembre 1975 : ouverture du Village des Enfants à Avoriaz, un nouveau concept d’apprentissage du ski qui fera école, inspirant les « jardins des neiges »

1982 : après le retour d’Isabelle Mir dans ses Pyrénées natales, Annie Famose développe ses affaires en ouvrant des magasins et des restaurants à Avoriaz.

1993 : master de management de l’Essec.

1994 : création de Skiset avec une demi-douzaine de commerçants montagnards*.

2002 : Skiset introduit la pré- réservation des skis sur internet et se développe dans les nouvelles

2003 : rachat des 55 magasins Skishop, dont 36 détenus par la Compagnie des Alpes, et de 45 % du groupe Favre

2012 : administratrice d’OL Groupe, qui gère l’Olympique

* Léo Lacroix, Patrick Lepeudry, Caroline Rochas, Jean-Louis Narquin, Alain et Bernard Front, Pierre Favre et Philippe Koiransky, ancien directeur de la station des Arcs nommé directeur général de l’enseigne. Franck Piccard, Christine Goitschel, entre autres, compteront parmi les premiers adhérents

Votre parcours est aussi celui d’une reconversion exemplaire. Quelles qualités sont nécessaires à un ancien sportif de haut niveau pour réussir en tant qu’entrepreneur ?

La qualité première, c’est l’humilité. Si on n’a pas fait d’études pour se pré- parer à devenir entrepreneur, il faut admettre qu’on n’y connaît rien. Les autres qualités sont celles d’un sportif de haut niveau : travailler beaucoup, ne jamais laisser tomber… Un sportif doit se remettre en question si les résultats ne suivent pas. En entreprise, c’est l’innovation qui permet d’avancer.

Comment en êtes vous  arrivée à suivre, au seuil de la cinquantaine, une formation en management à l’Essec ?

Je suis autodidacte. Comme j’avais des enfants, je ne voulais pas me disperser en déplacements et j’ai développé mon activité à Avoriaz en ouvrant des restaurants. En 1993, à la tête de plusieurs restaurants et magasins, j’ai senti que pour continuer à progresser, je devais suivre une formation. Cette formation m’a été utile au lancement de Skiset.

Quelle est aujourd’hui votre implication dans votre groupe ?

Je travaille un peu moins qu’il y a quelques années, mais je suis encore là pour toutes les décisions. Je suis présidente, mes deux enfants sont directeurs généraux. Nous nous occupons tous les trois de l’activité montagne. Mon fils et ma fille se partagent les activités d’été, lui à Saint-Tropez et elle à Biarritz. Nous n’avons pas vraiment de domaine réservé mais mon fils s’occupe plus des restaurants, ma fille des magasins de sport, et moi, je conserve le Village des Enfants.

« Quand on détient 60 magasins, on est obligé de devenir cross-canal. »

Qu’est-ce qui vous a convaincu, à la création de Skiset en 1994, que la location de ski allait prendre un nouveau virage ?

Nous constatations avec d’autres loueurs que nous avions les mêmes problématiques, nous rencontrions les tour-opérateurs et les hébergeurs sans trop savoir comment s’y prendre avec eux. Le monde du ski passait de l’artisanat à une organisation un peu plus industrielle. Nous avons donc envisagé de nous regrouper. Nous nous rencontrions toutes les semaines à Albertville, des fournisseurs participaient aux réunions. Puis nous avons recruté Philippe Koiransky  qui est toujours directeur général 20 ans après – pour nous structurer autour de deux questions : quels produit proposer pour être différent ; et : comment commercialiser notre offre auprès des organismes qui font venir les clients en station ? Nous sommes allé voir les magasins autrichiens qui étaient en avance par rapport aux français. Nous avons installé les premiers racks, aseptisé les chaussures, établi un système de réglage des fixations sûr. La qualité du produit ski est un peu notre ADN. Nous voulons le bon produit pour nos clients parce que nous aimons le ski.

Skiset est le leader mondial de la location de skis avec un positionnement qualitatif. Est ce que ça veut dire que le marché des sports d’hiver est un marché haut de gamme ?

Qualitatif ne signifie pas forcément haut de gamme. Avant, les skieurs achetaient leurs skis et les gardaient deux, trois, cinq ans. La location a pris une part de marché assez forte parce qu’elle donne aux consommateurs l’accès à des skis de meilleure qualité que ceux qu’ils auraient achetés. Avec la baisse des prix, la location est même devenue encore plus abordable.

L’autre caractéristique de Skiset est le profil de ses adhérents, des « montagnards commerçants », partageant la même conception du métier. Pourquoi ne pas avoir opté pour un statut coopératif, fréquent dans la distribution de sport ?

Nos conseils nous ont alors orientés vers un statut de société commer- ciale, qui a fait ses preuves. Je pense que cela nous a permis de gagner du temps dans notre développement, en France et à l’étranger, d’aller aux États-Unis et aujourd’hui de démarrer une petite diversification vers l’été.

Y a-t-il eu des épreuves, des périodes difficiles ?

Il y a eu le départ de Lionel Favre pour monter Ski Republic. Nous n’étions pas d’accord pour qu’il parte avec nos données. Mais cela fait partie de la vie d’une entreprise et l’expérience a montré qu’il a eu tort de le faire !

L’apparition de Skimium a-t-elle fait évoluer Skiset ?

C’est un acteur important que nous respectons. Nous essayons de nous battre sur la qualité, l’emplacement des magasins et la compétence du personnel. Ils nous ont poussés à nous améliorer sur les sites internet et sur le marketing.

On ne peut pas dire que vous ayez raté le virage d’internet. En quoi cela reste-t-il un défi ?

Nous maîtrisons internet dans la location mais l’e-commerce reste compliqué. Cela demande beaucoup d’argent, car il faut du stock, une bonne logistique et une base de don- nées à jour, qui se renouvelle tous les ans. Si l’on n’a qu’un seul magasin, il n’est pas forcément nécessaire de faire de la vente en ligne. Mais quand on en détient 60, on est obligé d’avoir une activité cross-canal.

Dans quels domaines y a-t-il encore matière à innover ?

Pour les femmes, dans le confort et la légèreté. On a besoin de chaussures légères qui ne font pas mal aux pieds et de skis moins lourds ! Il y a sans doute eu des progrès, notamment dans le ski de randonnée, mais les chaussures de ski restent quand même des carcans.

En tant que championne de ski et femme d’affaires, quel regard portez-vous sur l’avenir de l’économie de la montagne ?

Le ski peut encore avoir de belles années devant lui. Même en période économique difficile, les gens sont contents d’aller aux sports d’hiver quand il y a de la neige. La France reste attractive, même si elle doit veiller à maintenir une saine concurrence pour éviter que les prix ne montent trop. Notre grand défi, c’est la question des lits froids, ceux qui ne sont utilisés que par leur propriétaire. Je pense qu’internet, là encore, peut changer la donne. Les sites entre particuliers comme Le bon coin ou Air BnB peuvent aider à remplir les lits froids.

Propos recueillis par ■ Olivier Costil

magasin-burton-avoriazAprès l’annonce du retour de ses collections textiles sur le marché français à partir du mois de septembre 2016, la marque de snowboard passe un cap en ouvrant la première boutique Burton  de l’Hexagone.


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SKISET ET FFSSkiset annonçait le 30 septembre dernier
 son entrée au sein du club des supporters des équipes de France de ski et de snowboard. 

Après avoir présenté ses équipes de France pour la saison 2015-2016 à Paris le 05 octobre dernier, la Fédération Française de Ski (FFS) continue de préparer la saison qui arrive à grand pas. Michel Vion, président de la FFS a officialisé le lancement du « Club des Supporters des Équipes de France de ski et de snowboard » basé sur le dispositif du mécénat sportif. Ce club qui rassemblera des entreprises et des particuliers doit aider la FFS à maintenir un niveau de performance comparable à celui de la saison précédente et garantir aux Équipes de France des conditions d’entraînement et de préparation compatibles avec leurs ambitions.

C’est par la voix de son directeur général Philippe Koiransky qui se dit “fier de s’associer aux succès des équipes de France de ski et de snowboard”, que le réseau Skiset, composé de 350 adhérents et présidé par Annie Famose qui a partagé avec Filière Sport son expérience et sa vision de l’entreprenariat et du marché du ski, apportera donc son soutien financier à la FFS pour la saison 2015-2016.

L'équipe de France masculine de ski alpin lors de la présentation officielle des équipe de France le 5 octobre à Paris

L’équipe de France masculine de ski alpin lors de la présentation officielle des équipe de France le 5 octobre à Paris