Mountain Debrief : le bilan de saison en débat

Soutenue par l’essor du VTTAE, la fréquentation des stations de montagne est en augmentation sur l’ensemble de la saison d’été 2018, malgré un mois de juillet en retrait. Dans ce contexte, l’activité de la majorité des magasins de sport en station est néanmoins stable ou en baisse. Synthèse de la table-ronde “MountainDebrief” du salon Sport-Achat.

Selon une enquête de conjoncture de l’Union sport & cycle auprès d’un panel de points de vente de stations de montagne, dévoilée le 10 septembre dernier sur le salon Sport-Achat de Lyon, « 50 % des répondants déclarent que leur activité a baissé cette année par rapport à l’an dernier, alors que l’an dernier, c’était l’inverse : 50 % avaient vu leur activité augmenter. En 2018, il ne sont plus qu’un tiers en hausse », explique Brice Blancard, animateur de la Commission montagne du syndicat professionnel. Un constat moins flatteur que celui dressé par Savoie Mont Blanc Tourisme, dont le baromètre fait état d’un taux d’occupation en hausse de deux points, à 53 % sur l’ensemble de la saison. La hausse de trois points enregistrée en août (à 66 %) a en effet compensé les baisses du moins de juin (- 4 points à 35 %) et de juillet (-2 points à 51 %),. « La saison touristique a été bonne sur l’ensemble du territoire national comme en Savoie Mont Blanc, indique Carole Duverney, responsable des études chez Savoie Mont Blanc Tourisme. Toutes les destinations françaises ont été impactées sur le mois de juillet, ce qui peut s’expliquer par plusieurs facteurs : grèves SNCF, effet Coupe du Monde… Il y a eu un report sur le mois d’août pour certaines destinations, notamment Paris, les destinations méditerranéennes et Savoie Mont Blanc ». Le Club Med, lui, annonce + 3 % de chiffre d’affaires dans ses sites de alpins.

Le VTTAE en relais de croissance

Si les magasins de montagne n’ont manifestement pas profité à plein de la hausse de la fréquentation, c’est probablement parce que « la clientèle estivale y reste moins consommatrice que celle de l’hiver », avance Brice Blancard. Or en été, la vente reste l’activité majoritaire des magasins, à commencer par les chaussures (de randonnée et trail-running), produit le plus vendu pour 50 % des magasins, contre 30 % l’an dernier, loin devant les T-shirts (22,5 %) et les vestes (7,5 %). Heureusement, l’autre grand volet de l’activité estivale, la location de vélos est en développement, grâce au boum du VTT à assistance électrique (VTTAE). « C’est le vélo le plus loué en stations (64 %) et pour 60 % des commerçants, ce marché continue à se développer », poursuit Brice Blancard. L’usage se développe, confirme Julien Rebuffet, directeur de Moniteur cyclistes de France : « l’an dernier, la moitié de nos écoles de VTT n’avaient pas de prestation VAE. Aujourd’hui, il n’y a plus qu’une ou deux écoles (97 %) qui s’en passent. » Et cette progression soutient manifestement le développement de l’activité : le chiffre d’affaires des écoles MCF en station est en progression de 3 %.

INTERVIEW VIDEO : LE VTT électrique booste la montagne en été

Un modèle économique en question

Ces chiffres positifs ne doivent toutefois pas éclipser quelques points critiques. Chez MCF, la croissance semble ainsi plafonner : « nous étions historiquement habitués à des progressions à deux chiffres. Depuis deux ans, la hausse a été ramenée à un chiffre (+4 % en 2017) », explique Julien Rebuffet. Chez les loueurs, la question du modèle économique reste entière. « L’activité n’est rentable que parce que le magasin vend ses vélos à la fin de la saison mais la location ne s’équilibre pas toute seule », précise Brice Blancard. Le raccourcissement de la saison d’été, avec un mois de juillet en régression est aussi un sujet de préoccupation lorsque l’on doit amortir le coût des vélos électriques, qui sont « deux à trois fois plus cher qu’un vélo classique, complète Julien Rebuffet. Il y a beaucoup de travail à accomplir pour développer les ailes de saison – auprès de clientèles de retraités, de séminaires ou de classes vertes – et d’innovations à expérimenter pour démocratiser la pratique. » Parmi ces dernières, Julien Rebuffet cite la location de trottinettes et autres engins de déplacements tout terrain, qui reviennent moins cher qu’un VTTAE.

Rendre la montagne plus attractive

Plus généralement, la montagne été est fortement concurrencée par « une offre touristique pléthorique tant au niveau national qu’international », analyse Carole Duverney. En Savoie Mont Blanc, la fréquentation oscille autour de 22 millions de nuitées. Loin du pic de fréquentation de l’année de la canicule, en 2003, qui avait plafonné à 25 millions de nuitées… qui paraît désormais inatteignable. Parmi les freins, le manque d’attractivité d’activités dominantes telles que la randonnée, première pratique en montagne, qui souffre d’une « image désuète liée à l’effort et à l’intensité physique, alors que les attentes sont très basiques (les promeneurs demandent quasimnt de la « marche à plat »), ainsi que d’une offre pléthorique illisible pour le touriste non averti », explique Carole Duverney, citant les premiers enseignement d’une étude en cours sur cette pratique. A pied comme à vélo, « la masse veut des produits clé en main, faciles », résume Julien Rebuffet, qui appelle de ses vœux « des randonnées accessibles, thématiques et scénarisées » et magnifiée par les technologies numériques. Il cite en exemple, les sentiers de l’Île d’Elbe, entièrement « googlelisés » pour permettre au promeneur, non seulement de préparer son itinéraire, mais de le vivre virtuellement avant de le parcourir… Un renversement de perspective : historiquement, « nos hivers étaient tellement bons que nous avons négligé la montagne été », souligne Gérard Mattis, président de la Commission Montagne de l’Union sport & cycle. Les évolutions climatiques et de la consommation touristique imposent désormais, conclut-il, de « croire à la montagne l’été et de savoir la vendre en mettant en avant le ressourcement, l’espace, l’authenticité, la possibilité de repousser ses limites… pour trouver de nouvelles niches et créer des animations. »

Pour découvrir la présentation complète sur le débriefing de la saison d’été à la montagne :

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Franck Piccard a ressorti ses médailles de Calgary pour les 30 ans de son sacre olympique.

En marge de la présentation de ses gammes ski 2018-19 aux Saisies (73), Rossignol a invité Franck Piccard (qui vit dans la station savoyarde) à fêter, en présence de quelques journalistes, les 30 ans de ses victoires olympiques à Calgary (médaille d’or de Super G et médaille de bronze en descente). Une célébration sans façons, bien dans le style du champion olympique, qui a évoqué avec modestie et clairvoyance quelques souvenirs et a accordé pour l’occasion une interview à Filièresport. Il y partage non seulement les émotions du passé mais aussi ses opinions sur les actuels enjeux de l’économie de la montagne, dont il est partie prenante en tant que commerçant des Saisies… Et affirme des positions fortes qui ne manqueront pas de faire débat  !

Quels sentiments vous inspire ce trentenaire de vos médailles olympiques à Calgary ?

Mes médailles de Calgary sont à ranger dans la catégorie des souvenirs longtemps oubliés. Leur valeur a été longtemps occultée par Albertville, qui a été un moment très marquant pour moi, avec une une énorme pression, les fortes attentes du public et du sport français… Il a fallu que quelqu’un m’envoie, l’an dernier, une petite photo du téléski de Nakiska qui permettait d’accéder aux derniers mètres de la descente de Calgary, en me demandant si cela me rappelait quelque chose, pour que je me replonge dans les archives et que cela réveille mes souvenirs. La descente et le Super-G ont vraiment été de gros moments ! Ces exploits restent pourtant une rigolade par rapport aux performances des skieurs d’aujourd’hui. Mais il faut voir de ce l’on mettait aux pieds à l’époque…

Diriez-vous qu’un monde sépare le matériel de l’époque et celui d’aujourd’hui ?

Les tracés ont évolué comme le physique des skieurs et le matériel aussi, forcément. Nous avions des skis droits, pour arriver à les faire tourner fallait se lever de bonne heure ! Les skis se sont raccourcis, sont devenus paraboliques, ont été dotés de systèmes d’absorption des vibration, de répartition de charges, de respect du mouvement du ski… J’avais oublié tout ça. Les skis d’aujourd’hui sont ceux dont on rêvait à l’époque. En contrepartie, le ski est devenu un sport très très exigeant. Il faut être à 100 % pour sortir un résultat. Ce qui fait la différence, c’est mental.

Constatez-vous la même évolution en ski nordique, que vous pratiquez aujourd’hui, comme membre de l’équipe professionnelle Gel Rossignol ?

Je vois d’année en année l’évolution de ce matériel vers une meilleure accroche, de la légèreté, une restitution du mouvement. Mais je n’en ai pas une perception aussi précise car je ne le pratique pas au même niveau. Quoiqu’il en soit, l’arrivée du skating, la discipline que je pratique, a augmenté l’intérêt pour cette discipline.

Comment avez-vous géré votre après carrière ?

Je suis d’abord passé par une phase d’exorcisme au micro d’Eurosport aux côtés du  journaliste Alexandre Pasteur. J’ai fait dix ans, jusque 2006, jusqu’à l’avènement d’Antoine Dénériaz, un de mes meilleurs souvenirs au micro. Dix ans à raconter et faire vivre le ski, tout était à faire, ce sport était très mal connu. Expliquer pourquoi un skieur va plus vite parce qu’il passe à tel endroit plutôt qu’un autre, c’était important. Ça m’a vraiment permis de tourner la page tranquillement, puis je me suis occupé de l’office du tourisme, de mise au point de matériel de compétition, avant de reprendre le magasin de mes parents en 2000 et ainsi, de devenir chef d’entreprise.

« Les clients des stations sont-ils réellement demandeurs de 175 kilomètres de pistes alpines au lieu de 80 ?  »

La montagne française sort de trois années avec des déficits de neige en début de saison. La météo explique-t-elle tous les problèmes ?

La météo de chaque saison explique en grande partie les choses. J’ai connu mes parents faire ce métier avec presque toujours de la neige dès le mois de novembre, rarement des difficultés en début de saison. Depuis quatre ans, ce n’est plus le cas. La question climatique est la pierre angulaire de notre métier. L’actuelle course l’escalade au canon neige et à l’artificiel me paraissent pas démesurées. On se doit de réfléchir différemment.

Pourtant, les massifs français sont moins équipés en neige de culture que ceux d’Autriche et d’Italie ?

Mais ils le font différemment. Ils n’ont pas fait les mêmes choix stratégiques de développement des stations que nous. En Autriche, il y a très peu de stations d’altitude, la plupart sont des villages de bas de vallée complétés par des gros porteurs pour acheminer les skieurs vers les alpages. La Suisse est exactement dans le même cas, l’Italie en partie aussi. Aujourd’hui, notre expérience n’a pas le même répercussion par rapport à la montagne. Nos concurrents n’ont pas eu la même approche de développement touristique de la montagne et sont aujourd’hui en capacité de mieux la protéger.

Est-ce que l’on peut changer ça ?

Je n’ai pas le mode d’emploi mais je sais qu’il faut arrêter de gaspiller la ressource montagne. J’adore vendre des skis mais je suis conscient que la montagne ne se résume pas au ski. La montagne, c’est d’abord l’altitude, le repos, le bon air. La nature est son vrai trésor. Est-ce que les clients de la montagne française sont réellement demandeurs de 175 kilomètres de pistes alpines au lieu de 80 ? Si on leur proposait à la place plus d’espaces préservés, ils ne seraient pas contre. Toutes les enquêtes montrent que les premières raisons de fréquentation de la montagne sont les paysages et l’environnement…

Le retour de la neige cet hiver s’est-il traduit par de meilleures ventes dans votre magasin ?

Noël a été convenable, grâce à la clientèle familiale, la deuxième semaine des vacances a été plus complexe avec une multiplication d’arrivées et de départs différés et de courts séjours. Janvier est en réelle progression car l’an dernier nous n’avions pas du tout de neige. Les chiffres de ce début de saison ne sont pas extraordinaires mais l’abondance de neige peut donner confiance aux consommateurs et les inciter à revenir, non seulement cette année, mais aussi l’an prochain. D’autant que cette année, il y a eu de la neige sur tous les massifs à toutes les altitudes, ce qui a permis d’irriguer de nouveau la clientèle sur l’ensemble de la montagne. D’un autre côté, ce bon début de saison ne doit pas nous faire oublier le reste. Ce n’est parce qu’une saison se passe « normalement » que nous sommes tirés d’affaire. La montagne sera de nouveau sur la sellette l’année prochaine…

Propos recueillis par Olivier Costil

 

Dans la continuité du Mountain Debrief, qui a accueilli 200 personnes vendredi 1er septembre 2017 aux Saisies (73), découvrez ci-dessous la tribune de Brice Blancard, animateur du pôle montagne de l’Union sport & cycle, à paraître la semaine prochaine dans le magazine dans Filièresport n°50.


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