Claude OnestaPersonne n’en doutait. Surtout pas lui. La qualification des Experts pour l’Euro 2016, acquise le 3 mai dernier avec sérénité et facilité, prouve une fois de plus le succès de la méthode Onesta, incarnée dans la force tranquille du collectif aux 5 étoiles. Interview en tête à tête et du tac au tac avec l’entraîneur de l’équipe de France masculine de handball, réalisée à la veille de la qualification à Toulouse.

Gourou ou chef d’orchestre ? Gourou “maître à penser” peut-être. Gourou ‘manipulateur’ non ! Je suis plus un chef d’orchestre qui rythme, temporise, veille à l’harmonie et l’équilibre de son groupe. J’ai cette vision d’ensemble qui me permet de m’éloigner des problématiques techniques gérées par les joueurs et le staff.

Bavard ou taiseux ? Moins un entraineur a de choses à dire, mieux il peut mener son groupe à une forme d’autonomie, mieux il peut l’accompagner, le réguler. Ma responsabilité est de veiller à toujours être en phase, éviter les points de rupture.

Vaincre ou conquérir ? La construction de la victoire me passionne plus que les victoires. J’implique mes joueurs dans la cogestion et la coopération du groupe, dans l’élaboration et pas seulement dans la réalisation du projet qui permet la victoire. Ils n’attendent pas les décisions d’ailleurs. Ils réfléchissent, analysent, suggèrent des solutions, échangent des idées, proposent des innovations. Ce qui ne veut pas dire que je n’ai pas autorité sur le choix final !

Claude Onesta« Le sport de haut niveau peut être quelque chose de paisible et heureux »

Philosophe ou humaniste ? Les hommes m’intéressent. Sous le ballon il y a une main, derrière la main il y a un cerveau qui génère les émotions de l’humain qui peut se sentir bien ou être en difficulté. Il faut percevoir cela. Mes préoccupations ne sont pas les outils mais les hommes qui vont les utiliser. J’ai une certaine forme d’humanisme, je crois en l’humain, et je crois qu’en se respectant et en se faisant confiance, on peut être… les meilleurs du monde !

Success model ou méthode Onesta ? Cette méthode de responsabilisation des joueurs est la mienne, elle me correspond. J’ai changé la fonction d’entraineur. Quand je suis arrivé avec l’idée de partager, de construire un projet ensemble, on m’a écouté avec intérêt : c’était nouveau, original, sympathique. Mais ça en a fait sourire plus d’un. Trop utopique ! On donnait peu de crédit à ma réussite.

 Autant ou plus que Daniel Costantini ? Mon prédécesseur est resté 16 ans à la tête de l’équipe de France. J’en suis à 14. Un sport qui connait 2 entraineurs en 30 ans, avec un tel palmarès, a des bases solides. Daniel a profité d’un sport peu médiatisé et joui d’une grande tranquillité dans le travail. J’ai bénéficié des relations très fortes du hand avec le milieu scolaire, de ce respect transmis par les enseignants et l’encadrement. Ce respect je le retrouve au sein de l’Equipe de France, qui vit une forme de compagnonnage où les plus jeunes savent qu’ils peuvent à tout moment s’en référer aux anciens.

Claude Onesta, entraîneur de l'équipe de France masculine de handball« Il a fallu batailler pour convaincre Adidas de concevoir des maillots plus moulants »

Heureux ou satisfait ? Quand on gagne autant qu’on a pu gagner avec autant de plaisir et de convivialité, il est fabuleux de se dire que le sport de haut niveau peut être quelque chose de paisible et heureux, sans guerre à tous les niveaux. Certaines victoires sont plus des formes d’apaisement, de légitimité qui prouvent que vous êtes bien là où il faut.

Le pire souvenir ? Mes relations avec les médias ont parfois été pénibles. Non pas qu’on ait affaire à des gens détestables ! Mais cette obsession de vouloir anticiper ou polémiquer, de rechercher le croustillant, le piquant, cette immédiateté de l’information ne me plaisent pas toujours !

Ce qui a changé en 20 ans ? La dimension athlétique a le plus évolué avec la quantité d’entrainement qui bâtit des athlètes. Le jeu devient plus costaud, au détriment de la virtuosité ou de l’élégance. Nous devons préserver nos petits génies car ce sont eux qui font rêver. Ils sont imprévisibles et parfois destructeurs car ils peuvent mettre une pagaille monstre. La facilité serait de les canaliser. Ou de s’en passer. On aurait alors un jeu stérile, basé sur la force et la puissance, sans émotion.

Vos relations avec les équipementiers ? Elles ont beaucoup changé mais il a fallu batailler pour convaincre Adidas de concevoir des maillots plus moulants. La priorité était technique. Cela empêchait les joueurs de s’accrocher aux maillots. Les joueurs sont aujourd’hui mieux protégés : ils ont tous des éléments de protection en mousse sur les cuisses car les chocs sont de plus en plus violents. 

Ce que vous ne supportez pas ? L’autorité quand elle n’est pas légitime. Je n’ai jamais compris ce que voulait dire « il faut » ou « tu ne peux pas » !

Propos recueillis par Dominique Hoste