Dominique Mahé, PDG de la Maif

Partenaire majeur de la Fédération française de Basket-Ball (FFBB), la Maif a donné son nom à l’Open de la Ligue féminine de basket-ball, qui fera vibrer le Stade Pierre de Coubertin de Paris, ces samedi et dimanche 13 et 14 octobre 2018. A cette occasion, Filièresport publie une interview de Dominique Mahé, président de la Maif, sur les raisons de l’engagement de l’assureur aux côtés du basket et du sport français.

Olivier Costil – Pourquoi la Maif a-t-elle voulu être partenaire de la FFBB ?

Dominique Mahe – La stratégie sportive du groupe Maif est résolument axée sur l’assurance et les partenariats qui ont du sens, qui sont porteurs de certaines thématiques d’actions éducatives, de soutien à la pratique sportive, de santé, de bénévolat, d’intégration dans la société, etc. La fédération de basket est la deuxième dans les sports collectifs en France, avec plus de 600 000 licenciés et 4 500 clubs, elle bénéficie d’une bonne visibilité médiatique tout en agissant pour le développement de la pratique dans les quartiers et les territoires et en faveur du sport pour tous et de la cohésion sociale. Le 3×3 en est un exemple édifiant, comme activité qui se joue au pied des immeubles entre copains… et qui est devenue discipline olympique dans la perspective des Jeux de Tokyo !

Jean-Pierre Siutat (FFBB) et Dominique Mahe (Maif)

Qui a été à l’origine de ce partenariat, la Maif ou la FBB ?

Ce sont des contacts entre Jean-Pierre Siutat et moi-même qui ont été à l’origine de notre partenariat. Le feeling est bien passé entre nous. Je pense qu’il est important pour la réussite d’un partenariat que les dirigeants partagent les mêmes valeurs.

 

« Nous assurons 40 000 associations sportives en France »

 

Avant d’évoquer les valeurs, attardons-nous un peu sur le volet « image ». Quel est son incidence sur votre choix de signer avec la FFBB ?

Le volet image est important dans la mesure où il se matérialise par le nommage du maillot de l’équipe de France. Mais à l’inverse, cela ne suffit pas à justifier le partenariat. La Maif est reconnue comme un assureur de qualité, nous voulons marquer davantage notre présence, pour ne pas dire notre prégnance, sur le marché du sport. Nos partenariats sportifs ont pour objet de servir notre stratégie sur cette cible : nous sommes le premier assureur des associations en France avec 150 000 associations assurées, dont 40 000 sportives. Nous sommes assureur de nombreuses fédérations, le basket est un levier de visibilité pour devenir un grand assureur des ligues, clubs, associations, pratiquants et bénévoles.

Au delà de la visibilité, que recouvre précisément votre partenariat ?

C’est un partenariat porteur d’actions en faveur du basket féminin avec le nommage de l’Open de la Ligue féminine et en faveur du développement du 3×3, où nous participons aux Trophées français, une compétition qui ouvre les portes des épreuves internationales aux équipes gagnantes. Dans le registre des actions citoyennes, notre partenariat soutiendra les initiatives des clubs dans le cadre d’un programme fédéral en trois volets : solidarité, fair-play et intégration. Par ailleurs, nous incitons au développement du bénévolat dans le basket à travers nos agences et relais sur le territoire et notre plateforme expérimentale « Bénévoles », qui met en relation les clubs et les volontaires…

Quel est le budget de ce partenariat ?

C’est un budget… raisonnable (rire) ! Il est nettement inférieur à 1 million d’euros. Il est de ma responsabilité d’être attentif au bon usage de l’argent de nos trois millions de sociétaires. Nos partenariats sportifs doivent nous apporter des gains de notoriété supplémentaires que nous mesurons par des enquêtes. De plus, nous nous engageons uniquement auprès de fédérations que nous assurons. Dans le sport et les activités physiques, nous intervenons sur trois niveaux. En premier lieu, nous soutenons les fédérations du sport scolaire et universitaire, sous forme de partenariats « socles », qui ont été un peu à l’origine de la Maif, avec l’Usep, l’UNSS et la FFSU. Ensuite, nous avons des partenariats avec les fédérations olympiques et avec des fédérations qui œuvrent pour le sport pour tous et le sport santé bien-être, comme la fédération de gymnastique volontaire. Enfin, nous avons ainsi été le premier assureur à créer, en 2016, pour nos sociétaires atteints d’affections de longue durée, une garantie sport santé sur ordonnance. Celle-ci est gratuite.

« Nous avons été les premiers à proposer une garantie sport santé sur ordonnance »

Combien de sociétaires ont mis en œuvre cette garantie sport sur ordonnance ?

Cela reste modeste et c’est tant mieux pour la santé de nos sociétaires, je dirais à peu près un millier de patients. Cette garantie est opérée par la Mutuelle des Sportifs mais nous étudions aujourd’hui la possibilité de la gérer nous-même. Certes, nous ne sommes pas une mutuelle de santé mais d’assurance des personnes mais la tendance dans le monde de l’assurance est à la diversification vers ce qu’on appelle – en bon français – le « care », la prévention. Le sport bien-être est donc un volet de notre activité que nous regardons aussi.

Que faudrait-il faire pour que le sport sur ordonnance décolle réellement en France ?

Les opérateurs doivent davantage donner cette possibilité à leurs assurés, les réseaux médicaux être plus porteurs et l’État a un rôle à jouer. Il le fait d’ailleurs fait avec le projet de Maisons du Sport Santé, porté du ministère des Sports et dont j’espère qu’il trouvera son contenu avec la ministre Roxana Maracineanu. Le sport santé fait partie de l’Héritage de Paris 2024.

Quelle enveloppe globale consacrez-vous à votre politique sportive ?

Elle est difficile à chiffrer puisqu’au coût des partenariats proprement dit, il faut ajouter les coûts d’activation, le personnel mobilisé, les éléments de communication, etc. Globalement, l’enveloppe se situe en dessous de 5 millions d’euros, à rapporter à un chiffre d’affaires de 3 milliards d’euros.

Avez-vous atteint le Graal avec la FFBB ou préparez vous d’autres partenariats sportifs ?

Nous avons acté en un an des partenariats avec la fédération d’athlétisme, la fédération de volley, la fédération de basket… Donnons leur maintenant pleine et belle vie, ainsi qu’aux nombreux autres qui leur préexistaient, avant d’explorer d’autres pistes. Etre trop multipartenaires risquerait de diluer notre image.

En conclusion, pouvez résumer en une phrase la politique de partenariats sportifs de la Maif ?

L’éthique produit de la performance. L’un ne va pas sans l’autre, c’est évident dans le sport comme dans les autres domaines !

Propos recueillis par Olivier Costil

Gilles Lapierre (Accell Group)

Le 1er mai 2018, Gilles Lapierre, PDG de l’entreprise éponyme prendra en charge la R&D du groupe Accell, maison-mère des Cycles Lapierre. A cette occasion, ainsi qu’à celle du lancement d’une nouvelle gamme de VAE de ville par l’entreprise française, Filièresport publie une version numérique de l’interview qu’il avait accordée dans notre Spécial Cycle de n°49 de juillet-août 2017. Pour le dirigeant, l’humain et le magasin continueront de faire la différence sur ce marché « passion » qu’est le cycle. À condition que les acteurs s’adaptent aux mutations induites par l’e-commerce et le VAE…


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Filièresport a interrogé Julien Vigouroux, directeur commercial France des marques Eider et Lafuma, témoin de la table-ronde sur le bilan des ventes 2017, organisée par l’Union sport & cycle sur le salon Sport-Achat hiver, le 12 mars 2018.

Filièresport a interrogé Philippe Vidal, directeur affiliation plaine de l’enseigne Go Sport, témoin de la table-ronde sur le bilan des ventes 2017, organisée par l’Union sport & cycle sur le salon Sport-Achat hiver, le 12 mars 2018.

 

Elle a porté haut les couleurs de la France sur les pistes, accompagné l’essor des stations françaises après-guerre, préside le numéro un mondial de la location de skis, Skiset. Annie Famose partage avec Filière Sport son expérience et sa vision de haut vol sur l’entrepreneuriat et le marché du ski. Extrait du Grand Entretien paru dans Filièresport n°25.

Vous avez vécu l’âge d’or du ski français. Quelle était l’ambiance au sein de l’Équipe de France dans les années 60 ?

Dans les années 60-70, les équipes de France ont été les meilleures de l’histoire du ski français. Dans l’équipe féminine, nous logions à quatre dans une petite chambre de 10 m2 avec deux lits superposés, et les quatre ont emporté 8 médailles sur 12 attribuées ! C’est en partie le fait du hasard, mais aussi de tout l’environnement mis en place avec les entraîneurs, le ministère et la volonté du général de Gaulle de développer le sport de haut niveau. Aujourd’hui, hormis peut-être en slalom géant, où l’équipe est forte, le ski français est plus porté par des individualités.

À l’époque, vous intéressiez-vous au matériel de ski ?

Je choisissais moi-même mes chaussures et mes skis tout en restant globalement fidèle à Rossignol. Ils m’avaient fabriqué des skis plus courts que la moyenne, de 1,95 m, soit 10 cm de moins que ceux des sœurs Goitschel, pour les adapter à ma taille. Mais quand je vois la dimension des skis de slalom aujourd’hui, je m’en veux de ne pas avoir eu l’idée de demander de vrais skis courts !

« Le grand défi de la montagne, c’est la question des lits froids. Mais les sites internet de location entre particuliers pourraient changer la donne. »

Avez-vous regretté de ne pas devenir entraîneur de ski après avoir arrêté la compétition ?

Cela m’aurait bien plu, mais on m’a dit que ce n’était pas un métier de femme ! Quand j’ai arrêté, j’étais professeur d’éducation physique mais cela ne me tentait pas d’exercer ce métier immédiatement. J’ai dans un premier temps fait la promotion des nouvelles stations de ski françaises partout dans le monde. Cela m’a beaucoup appris sur l’économie du ski. Les années 60 ont vu la création de stations sur de nouveaux domaines skiables, comme Avoriaz, initiée par Jean Vuarnet et bâtie par Gérard Brémond (un proche d’Annie Famose, fondateur de Pierre & Vacances, NDLR) ou Les Arcs, au-dessus de Morzine, par Robert Blanc et Roger Godino. Ensuite, nous avons ouvert notre premier magasin avec Isabelle Mir, à Avoriaz.

Êtes-vous devenue entrepreneur par vocation ou par nécessité ?

Quand nous avons acheté notre magasin, ce n’était pas de l’entrepreneuriat. Nous étions d’anciennes sportives amateures pures et dures, avec comme seul bagage notre notoriété, il fallait se mettre au boulot ! Les premiers banquiers que nous avons rencontré nous disaient qu’à chaque fois qu’ils avaient prêté à un sportif, cela s’était mal fini. Nous avons fini par obtenir un crédit. Ensuite, nous avons essayé de comprendre comment gérer et faire fonctionner ce commerce. Nous ne savions même pas ce qu’était la TVA.

De quelle création êtes-vous la plus fière, le Village des Enfants ou Skiset ?

Les deux, car pour moi, l’important, c’est de créer. Le Village des Enfants, en 1975, a été une grande innovation. Le principe était de garder les enfants toute la journée et de ne pas leur proposer que le ski comme activité. Aujourd’hui, quarante ans après, cela marche toujours aussi bien, c’est dire que l’on avait trouvé la bonne idée ! Skiset est apparu à une autre époque, vingt ans plus tard, au terme d’une réflexion sur les mécanismes qui permettraient de regrouper les magasins de stations.

 

 Dates clés

16 juin 1944 : naissance à Jurançon (Pyrénées-Atlantiques)

1966 : championne du monde de slalom à Portillo du Chili

1968 : double médaillée olympique (slalom géant et slalom) à

1972 : ambassadrice des nouvelles stations de ski françaises à travers le

décembre 1974 : ouverture à Avoriaz du magasin de ski Mir-Famose, en association avec son amie et ex-coéquipière d’équipe de France, Isabelle Mir.

décembre 1975 : ouverture du Village des Enfants à Avoriaz, un nouveau concept d’apprentissage du ski qui fera école, inspirant les « jardins des neiges »

1982 : après le retour d’Isabelle Mir dans ses Pyrénées natales, Annie Famose développe ses affaires en ouvrant des magasins et des restaurants à Avoriaz.

1993 : master de management de l’Essec.

1994 : création de Skiset avec une demi-douzaine de commerçants montagnards*.

2002 : Skiset introduit la pré- réservation des skis sur internet et se développe dans les nouvelles

2003 : rachat des 55 magasins Skishop, dont 36 détenus par la Compagnie des Alpes, et de 45 % du groupe Favre

2012 : administratrice d’OL Groupe, qui gère l’Olympique

* Léo Lacroix, Patrick Lepeudry, Caroline Rochas, Jean-Louis Narquin, Alain et Bernard Front, Pierre Favre et Philippe Koiransky, ancien directeur de la station des Arcs nommé directeur général de l’enseigne. Franck Piccard, Christine Goitschel, entre autres, compteront parmi les premiers adhérents

Votre parcours est aussi celui d’une reconversion exemplaire. Quelles qualités sont nécessaires à un ancien sportif de haut niveau pour réussir en tant qu’entrepreneur ?

La qualité première, c’est l’humilité. Si on n’a pas fait d’études pour se pré- parer à devenir entrepreneur, il faut admettre qu’on n’y connaît rien. Les autres qualités sont celles d’un sportif de haut niveau : travailler beaucoup, ne jamais laisser tomber… Un sportif doit se remettre en question si les résultats ne suivent pas. En entreprise, c’est l’innovation qui permet d’avancer.

Comment en êtes vous  arrivée à suivre, au seuil de la cinquantaine, une formation en management à l’Essec ?

Je suis autodidacte. Comme j’avais des enfants, je ne voulais pas me disperser en déplacements et j’ai développé mon activité à Avoriaz en ouvrant des restaurants. En 1993, à la tête de plusieurs restaurants et magasins, j’ai senti que pour continuer à progresser, je devais suivre une formation. Cette formation m’a été utile au lancement de Skiset.

Quelle est aujourd’hui votre implication dans votre groupe ?

Je travaille un peu moins qu’il y a quelques années, mais je suis encore là pour toutes les décisions. Je suis présidente, mes deux enfants sont directeurs généraux. Nous nous occupons tous les trois de l’activité montagne. Mon fils et ma fille se partagent les activités d’été, lui à Saint-Tropez et elle à Biarritz. Nous n’avons pas vraiment de domaine réservé mais mon fils s’occupe plus des restaurants, ma fille des magasins de sport, et moi, je conserve le Village des Enfants.

« Quand on détient 60 magasins, on est obligé de devenir cross-canal. »

Qu’est-ce qui vous a convaincu, à la création de Skiset en 1994, que la location de ski allait prendre un nouveau virage ?

Nous constatations avec d’autres loueurs que nous avions les mêmes problématiques, nous rencontrions les tour-opérateurs et les hébergeurs sans trop savoir comment s’y prendre avec eux. Le monde du ski passait de l’artisanat à une organisation un peu plus industrielle. Nous avons donc envisagé de nous regrouper. Nous nous rencontrions toutes les semaines à Albertville, des fournisseurs participaient aux réunions. Puis nous avons recruté Philippe Koiransky  qui est toujours directeur général 20 ans après – pour nous structurer autour de deux questions : quels produit proposer pour être différent ; et : comment commercialiser notre offre auprès des organismes qui font venir les clients en station ? Nous sommes allé voir les magasins autrichiens qui étaient en avance par rapport aux français. Nous avons installé les premiers racks, aseptisé les chaussures, établi un système de réglage des fixations sûr. La qualité du produit ski est un peu notre ADN. Nous voulons le bon produit pour nos clients parce que nous aimons le ski.

Skiset est le leader mondial de la location de skis avec un positionnement qualitatif. Est ce que ça veut dire que le marché des sports d’hiver est un marché haut de gamme ?

Qualitatif ne signifie pas forcément haut de gamme. Avant, les skieurs achetaient leurs skis et les gardaient deux, trois, cinq ans. La location a pris une part de marché assez forte parce qu’elle donne aux consommateurs l’accès à des skis de meilleure qualité que ceux qu’ils auraient achetés. Avec la baisse des prix, la location est même devenue encore plus abordable.

L’autre caractéristique de Skiset est le profil de ses adhérents, des « montagnards commerçants », partageant la même conception du métier. Pourquoi ne pas avoir opté pour un statut coopératif, fréquent dans la distribution de sport ?

Nos conseils nous ont alors orientés vers un statut de société commer- ciale, qui a fait ses preuves. Je pense que cela nous a permis de gagner du temps dans notre développement, en France et à l’étranger, d’aller aux États-Unis et aujourd’hui de démarrer une petite diversification vers l’été.

Y a-t-il eu des épreuves, des périodes difficiles ?

Il y a eu le départ de Lionel Favre pour monter Ski Republic. Nous n’étions pas d’accord pour qu’il parte avec nos données. Mais cela fait partie de la vie d’une entreprise et l’expérience a montré qu’il a eu tort de le faire !

L’apparition de Skimium a-t-elle fait évoluer Skiset ?

C’est un acteur important que nous respectons. Nous essayons de nous battre sur la qualité, l’emplacement des magasins et la compétence du personnel. Ils nous ont poussés à nous améliorer sur les sites internet et sur le marketing.

On ne peut pas dire que vous ayez raté le virage d’internet. En quoi cela reste-t-il un défi ?

Nous maîtrisons internet dans la location mais l’e-commerce reste compliqué. Cela demande beaucoup d’argent, car il faut du stock, une bonne logistique et une base de don- nées à jour, qui se renouvelle tous les ans. Si l’on n’a qu’un seul magasin, il n’est pas forcément nécessaire de faire de la vente en ligne. Mais quand on en détient 60, on est obligé d’avoir une activité cross-canal.

Dans quels domaines y a-t-il encore matière à innover ?

Pour les femmes, dans le confort et la légèreté. On a besoin de chaussures légères qui ne font pas mal aux pieds et de skis moins lourds ! Il y a sans doute eu des progrès, notamment dans le ski de randonnée, mais les chaussures de ski restent quand même des carcans.

En tant que championne de ski et femme d’affaires, quel regard portez-vous sur l’avenir de l’économie de la montagne ?

Le ski peut encore avoir de belles années devant lui. Même en période économique difficile, les gens sont contents d’aller aux sports d’hiver quand il y a de la neige. La France reste attractive, même si elle doit veiller à maintenir une saine concurrence pour éviter que les prix ne montent trop. Notre grand défi, c’est la question des lits froids, ceux qui ne sont utilisés que par leur propriétaire. Je pense qu’internet, là encore, peut changer la donne. Les sites entre particuliers comme Le bon coin ou Air BnB peuvent aider à remplir les lits froids.

Propos recueillis par ■ Olivier Costil

Dans le cadre de la journée internationale des droits de la femme, la directeur général d’Intersport France et Belgique partage avec Filièresport sa perception de la femme dans l’industrie du sport.

Corinne Gensollen (Intersport)

Quelle est votre perception de la pratique sportive au féminin ?

Chez Intersport, nous assistons à une réelle montée en puissance de la pratique sportive féminine. Cela se vérifie notamment sur des pratiques tels que le fitness, le running ou même des pratiques dérivées de sport de combat tels que le boxe.

Historiquement les femmes ont toujours été majoritaires en termes d’achat, mais on constate aujourd’hui qu’elles n’achètent plus uniquement pour la famille. Elles viennent désormais plus régulièrement pour se faire plaisir et acheter des produits pour leur pratique personnelle. Les femmes, les mères de famille, ont aujourd’hui un rapport moins distancié vis-à-vis du sport. Elles le perçoivent plus comme une source d’épanouissement, de bien-être et de lien social. 

Je crois fortement aux rôles des institutions et des médias pour donner toujours plus envie aux femmes de faire du sport. Plus les clubs créeront des sections féminines, plus les institutions sportives encourageront la mixité et plus les médias diffuseront du sport féminin, plus la pratique sportive féminine se développera. C’est une certitude. Le rôle des distributeurs de sport est ensuite d’offrir à toutes ces pratiquantes l’offre la plus large pour répondre à leurs envies. Nous avons également un rôle important à jouer au sein de nos points de vente et nous en avons pleinement conscience.

Quelle est la place des femmes dans les entreprises de l’industrie et du commerce du sport ?
Pour moi les femmes ont toutes leur place dans l’industrie du sport. Elles sont d’ailleurs de plus en plus nombreuses à la tête de grandes institutions. On peut citer notre Ministre des Sports, Laura Flessel, Florence Hardouin, DG de la FFF ou encore Nathalie Boy de la Tour, présidente de la LFP. C’est également le cas dans notre entreprise où notre vice-présidente est une femme (Muriel Savarieau) et où moi-même j’ai le plaisir d’officier en tant que directeur général.
Avant de parler de sexe, je parlerai avant tout de compétence. Je crois fermement au fait que homme ou femme, il faut être à la hauteur des responsabilités que l’on vous a confiées. Je suis par exemple contre les quotas. Je trouve que cela fragilise la légitimité de la femme dirigeante. On ne doit pas penser à une femme pour un poste de direction parce qu’un texte l’impose, mais parce qu’elle a démontré un savoir-faire. La mixité au sein d’un comité de direction est clairement un outil de valeur. Les femmes apportent une autre sensibilité, une autre manière d’appréhender certaines problématiques et cela est vertueux pour toute l’entreprise.
En tous cas ce modèle fonctionne chez Intersport et j’espère voir encore plus de femmes dans les organes de décisions des entreprises du secteur du sport.
 

Ancienne sportive de haut niveau, chef d’entreprise et spécialiste de l’innovation, Dominique Carlac’h confie à Filièresport sa propre expérience du sport, de l’entreprise et du sport en entreprise… Extrait du grand entretien paru dans Filièresport n°50.

Ancienne sportive de haut niveau, vous êtes dirigeante d’une entreprise de conseil en innovation, pouvez-vous m’expliquer comment vous êtes passé de l’un à l’autre ?

Je viens de Plouray (56), dans le centre de la Bretagne, un milieu très rural où, pour occuper les gamins, il y avait le foot, le cyclisme et le cross. Mon papa était professeur de sport et fermier. Dans les années 70, notre micro-exploitation, trop petite, ne pouvant s’agrandir. J’avais moi-même une vraie volonté d’ascension sociale. C’est mon père qui m’a « exfiltrée » du monde rural en m’inscrivant en sports-études à l’âge de 14 ans.

Quelle a été votre carrière sportive ?

J’étais douée pour l’école et le sport, j’avais un gabarit et une volonté de performance… En lycée sport-études, prise en main Francis Kerbiriou, médaillé du 4 fois 400 mètres aux JO de 1972, tous les ingrédients étaient réunis pour que ça fonctionne. Je suis devenue championne de France. J’ai aussi eu la chance de porter une dizaine de fois le maillot des Bleues à l’international sur des relais 4 fois 400 mètres, avec tout ce que cela implique comme volonté de tenir son rang et de fierté du rayonnement de la France.

Et vos études ?

J’ai poursuivi parallèlement mes études, bac littéraire, Sciences Po en cursus « études et sport de haut niveau ». Je suis de la génération Pérec mais je n’avais pas son talent… J’ai eu l’intuition de ne pas m’obstiner. À 25 ans, j’ai terminé ma carrière sportive dans le classement national et j’ai décidé de mettre le turbo sur mes études.

Avez-vous continué le sport à titre de loisir ?

Comme beaucoup de sportifs, j’ai complètement raccroché quand la compétition s’est arrêtée. Je me suis mariée, j’ai eu des enfants et j’ai mené ma carrière de consultante en innovation. Je n’ai repris l’activité sportive qu’une dizaine d’année plus tard, quand je suis arrivée à Paris. Je parcours plus de 46 à 48 kilomètres à pied par semaine. 

Comment vous organisez-vous ?

Plutôt que de fréquenter une salle de sport, de faire partie d’un club ou de participer à des épreuves sportives, je préfère me consacrer à mon travail et à ma famille. Je pratique donc volontairement ce j’appelle du « sport déguisé », qui consiste à marcher le plus possible : pas de voiture le week-end et le moins de correspondances  possibles en métro en semaine, afin d’aller à pied chercher un parcours direct vers ma destination. Et j’incite mes collaborateurs à en faire autant.

Comment le prennent-ils ?

Ils aiment bien ! Du coup, cela nous a encouragé à mettre en place deux séances de coaching offertes par l’entreprise par semaine : une séance « douce » genre Pilates, c’est-à-dire non traumatique et après laquelle on ne sentira pas trop la sueur (nous n’avons pas de douche dans nos locaux), entre midi et deux ; une séance très cardio à 19 heures pour les plus sportifs, qui pourront rentrer se changer chez eux ensuite. Une quinzaine de collaborateurs sur nos 32 CDI sont assidus.

À quel moment cette offre de sport a-t-elle été mise en place ?

En septembre dernier. Le déclic est parti des associés. Pour montrer l’exemple, nous nous sommes inscrits à l’Oxfam Wintertrail, 60 kilomètres en raquettes à neige avec 5 000 mètres de dénivelé dans la Vallée d’Abondance, entre France et Suisse. L’objectif est de finir ensemble pour être classé. Nous avons donc lancé des séances de préparation physique et de renforcement musculaire et pro- posé aux collaborateurs qui le sou- haitaient d’y participer. C’est comme cela que nous avons mis en place le sport dans l’entreprise. Quant au Wintertrail, nous avons fini trentièmes sur 90 équipes !

Même en ayant arrêté le haut niveau, vous gardé un tempérament de gagneuse…

L’héritage du sport de haut niveau, c’est d’y aller à fond à partir du moment où l’on a décidé de se lancer. Cela m’a été utile quand j’ai choisi, après un licenciement économique, de créer ma propre entreprise. Mon entourage craignait un échec. Pas moi. J’étais sûre de vouloir m’engager dans l’entrepreneuriat. Pourtant, avec mon diplôme de philo et de Sciences Po, mon profil tranchait dans un métier de consultants en innovation, où tous les professionnels étaient des ingénieurs, quinquagénaires ou plus, Centraliens, Mines ou X… Mais en matière d’innovation, avoir un regard extérieur est utile.

« Aujourd’hui, la question n’est plus : “combien le sport en entreprise va me rapporter ?” mais “comment le mettre en place chez moi” ? »

Comment êtes-vous arrivée dans le conseil ?

À Sciences Po, j’ai pris la section Service public pour devenir haut fonctionnaire, la destinée qu’espéraient pour moi mes parents et grands parents, tout en prenant toutes les options possibles hors de cette spécialité : marketing, stratégies, etc. Je me suis ennuyée un an comme analyste à l’OCDE avant de trouver un poste dans le privé comme consultant en innovation, pour lequel j’avais un peu de bagage théorique.

Quand êtes-vous entrée au Comité sport du Medef ?

Il y a quatre ans, en 2013, la commission nationale Innovation du Medef m’a auditionnée comme vice-présidente de mon syndicat professionnel, l’Association des conseils en innovation (depuis, j’en suis devenue présidente). Nous étions au début de la présidence de Pierre Gattaz, qui constituait ses équipes. J’étais prête à m’engager pour l’entrepreneuriat mais je ne voulais pas être en conflit d’intérêt en étant à la fois conseil en innovation et personnalité qualifiée sur le sujet au Medef. Ils m’ont proposé la vice-présidence de la commission Dynamique entrepreneuriale, qui s’occupe de diffuser la culture entrepreneuriale et de croissance dans les TPE-PME.

Comment avez-vous bifurqué vers le Medef Sport ?

Un jour, un permanent du Medef qui cherchait un médecin du sport m’a demandé si j’en connaissais un. Je lui ai raconté mon parcours et il m’a appris qu’il existait un Comité sport au Medef, dont le président, Philippe Joffard, qui venait alors de céder Lafuma, souhaitait se retirer. Je n’avais jamais communiqué autour de mon passé sportif depuis que j’étais entrée dans la vie professionnelle. Le Medef a tout de suite vu l’intérêt de faire succéder à un représentant de la filière économique du sport, quelqu’un comme moi qui a un double parcours sportif et entrepreneurial. J’ai pu dresser une feuille de route autour de la question : quel valeur l’héritage sportif peut-il apporter au monde économique ?

Quelle est la réponse ?

Je considère que le sport est un gisement de valeur pour la France à double titre. Il y a d’un côté une filière économique portée par une demande croissante, aussi bien de compétition que de sport loisir, filière qui plus est innovante grâce au sport connecté. Mon premier rôle au Comité sport du Medef est donc de promouvoir la pratique sportive tous azimuts pour entraîner l’ensemble de la filière économique. La deuxième dimension, c’est que le sport est un facteur de productivité pour les entreprises. J’en ai la conviction. Mais y rallier mes pairs du Medef a été une sacré paire de manches ! Aux yeux des vieux routiers de la négociation sociale, pas question de s’aventurer sur un terrain qui risquait de réveiller le débat sur les avantages acquis…

Il y a pourtant une pratique du sport dans les grandes entreprises…

Le CAC 40 est le vaisseau amiral de la promotion du sport en entreprise. Mais l’adhérent moyen du Medef, est une PME de province de 40 personnes et la première question que son dirigeant pose est : qu’est-ce que cela peut me rapporter ? L’étude scientifique que nous avons publiée il y a deux ans démontre que le sport en entreprise est toujours bénéfique, même quand la contribution de l’entreprise reste mesurée. Le deuxième enseignement est que le résultat est optimum dès lors que les moyens mobilisés reste raisonnables et que l’on s’adresse à tout le monde en permettant une pratique à la carte.

Que s’est-il passé depuis la publication de cette étude ?

Nous avons mis à disposition un outil permettant à chaque entre- prise d’évaluer son propre projet et les moyens d’en mesurer l’impact, ainsi que des fiches pratiques et lignes directrices, établies à partir de retours d’expérience d’entre- prises. Nous communiquons via une newsletter bimensuelle. Depuis, le nombre de comités sport territoriaux du Medef est en augmentation régulière et ils sollicitent de plus en plus le comité national.

Quoiqu’il en soit, le décalage entre les attentes des salariés et l’offre des entreprises reste énorme !

C’est pourquoi l’Union sport & Cycle, le Medef et le ministère des Sports ont lancé une autre étude sur le « passage à l’acte ». Elle permettra d’y voir plus clair sur les freins (NDLR : Etude publiée en novembre 2017 et disponible sur le site de l’UNION sport & cycle). L’une des difficultés, que j’ai éprouvée au sein de mon entreprise, est de trouver les bons prestataires. Dans la feuille de route du Medef Sport, nous avons donc intégré la mise en relation avec les offreurs. Beaucoup sont des start-up, proches ou issues du coaching à domicile. Dans les métropoles, elles devraient trouver leur modèle économique. Ailleurs, l’offre pourrait se structurer autour de partenariats entre les entreprises prestataires et les associations sportives. Les premiers apportant le savoir-faire et les bonnes pratiques pour intervenir efficacement en entreprise, les seconds la proximité. La professionnalisation du sport en entreprise est le prochain verrou à faire sauter.

Le Medef Sport entend-il s’en occuper ?

Le Medef Sport a un rôle d’accompagnement à jouer dans ce domaine. Encore frileux il y a quatre ans, les chefs d’entreprise ne se demandent plus ce que le sport peut leur apporter mais comment le mettre en place.

D’autres verrous, notamment réglementaires, doivent-ils être levés ?

Il n’y a pas de verrou, juste des règles à faire connaître. L’enjeu est de diffuser et de sensibiliser les chefs d’entreprise aux règles à respecter. C’est le premier étage de la fusée. Le deuxième étage consistera à savoir si les réglementations actuelles sont suffisantes ou si elles doivent être adaptées.

« Contribuer à la professionnalisation du sport en entreprise sera ma prochaine mission. »

En tant que spécialiste de l’innovation, quel est votre analyse de celle-ci dans le secteur sport ?

Dans le sport, les moteurs d’innovation sont multiples : recherche de performance, de sécurité, de bien-être, d’allégement, de connectivité… C’est un univers très ouvert. De ce fait, les pure players du sport sont exposés à l’arrivée d’opérateurs issus du marché de la santé, des produits électroniques, des caisses de retraites, etc. Demain, ceux qui répondront le mieux aux besoins des nouveaux pratiquants, comme les seniors par exemple, seront peut-être ceux qui apporteront des offre globales – matériel, distribution, services – et pas seulement ceux qui apporteront les meilleurs produits technique. Les acteurs de l’économie du sport ont intérêt à aller voir ce qui se passe dans le champ d’à côté.

Propos recueillis par ■ Olivier Costil

 

Commerçant, exploitant un magasin d’articles de sport  aux Houches, près de Chamonix, ancien administrateur de l’Association des maires des stations de montagne, Xavier Roseren a abandonné son mandat de maire pour devenir député LREM de Haute-Savoie. Il explique à Filièresport les raisons et objectifs de cet engagement politique. Entretien paru dans Filièresport n°52

Filièresport : Comment êtes-vous entré en politique ?

Xavier Roseren : C’est le tourisme qui m’a mené à la politique. Les commerçants sont souvent critiques vis-à-vis de leur office de tourisme, j’ai préféré en juger par moi-même… C’est ainsi que j’ai été élu adjoint au Tourisme au sein du conseil municipal des Houches, puis vice-président en charge du Tourisme de la Communauté de communes de la Vallée de Chamonix en 2010. Pour les municipales de 2014, j’ai constitué une liste largement renouvelée et suis devenu maire. Être élu municipal m’a ouvert l’esprit sur la vie du village et des communes alentour et m’a permis de repérer les bonnes pratiques pour les appliquer chez moi.

Un exemple ?

Les Houches ont obtenu le label Famille Plus, qui reconnait la qualité de l’accueil des familles. Quand j’ai réalisé qu’il était appliqué par les hébergeurs et remontées mécaniques mais pas par les magasins de ski, j’ai œuvré pour y remédier (NDLR : aujourd’hui aux Houches, le magasin Cyprien Sport de Xavier Roseren, mais aussi Intersport et Battendier Sport sont partenaires du label). Participer à la vie publique, pour un commerçant, c’est éviter que son magasin vieillisse en même temps que son propriétaire !

« Je veux porter la voix de la montagne à Paris. »

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Franck Piccard a ressorti ses médailles de Calgary pour les 30 ans de son sacre olympique.

En marge de la présentation de ses gammes ski 2018-19 aux Saisies (73), Rossignol a invité Franck Piccard (qui vit dans la station savoyarde) à fêter, en présence de quelques journalistes, les 30 ans de ses victoires olympiques à Calgary (médaille d’or de Super G et médaille de bronze en descente). Une célébration sans façons, bien dans le style du champion olympique, qui a évoqué avec modestie et clairvoyance quelques souvenirs et a accordé pour l’occasion une interview à Filièresport. Il y partage non seulement les émotions du passé mais aussi ses opinions sur les actuels enjeux de l’économie de la montagne, dont il est partie prenante en tant que commerçant des Saisies… Et affirme des positions fortes qui ne manqueront pas de faire débat  !

Quels sentiments vous inspire ce trentenaire de vos médailles olympiques à Calgary ?

Mes médailles de Calgary sont à ranger dans la catégorie des souvenirs longtemps oubliés. Leur valeur a été longtemps occultée par Albertville, qui a été un moment très marquant pour moi, avec une une énorme pression, les fortes attentes du public et du sport français… Il a fallu que quelqu’un m’envoie, l’an dernier, une petite photo du téléski de Nakiska qui permettait d’accéder aux derniers mètres de la descente de Calgary, en me demandant si cela me rappelait quelque chose, pour que je me replonge dans les archives et que cela réveille mes souvenirs. La descente et le Super-G ont vraiment été de gros moments ! Ces exploits restent pourtant une rigolade par rapport aux performances des skieurs d’aujourd’hui. Mais il faut voir de ce l’on mettait aux pieds à l’époque…

Diriez-vous qu’un monde sépare le matériel de l’époque et celui d’aujourd’hui ?

Les tracés ont évolué comme le physique des skieurs et le matériel aussi, forcément. Nous avions des skis droits, pour arriver à les faire tourner fallait se lever de bonne heure ! Les skis se sont raccourcis, sont devenus paraboliques, ont été dotés de systèmes d’absorption des vibration, de répartition de charges, de respect du mouvement du ski… J’avais oublié tout ça. Les skis d’aujourd’hui sont ceux dont on rêvait à l’époque. En contrepartie, le ski est devenu un sport très très exigeant. Il faut être à 100 % pour sortir un résultat. Ce qui fait la différence, c’est mental.

Constatez-vous la même évolution en ski nordique, que vous pratiquez aujourd’hui, comme membre de l’équipe professionnelle Gel Rossignol ?

Je vois d’année en année l’évolution de ce matériel vers une meilleure accroche, de la légèreté, une restitution du mouvement. Mais je n’en ai pas une perception aussi précise car je ne le pratique pas au même niveau. Quoiqu’il en soit, l’arrivée du skating, la discipline que je pratique, a augmenté l’intérêt pour cette discipline.

Comment avez-vous géré votre après carrière ?

Je suis d’abord passé par une phase d’exorcisme au micro d’Eurosport aux côtés du  journaliste Alexandre Pasteur. J’ai fait dix ans, jusque 2006, jusqu’à l’avènement d’Antoine Dénériaz, un de mes meilleurs souvenirs au micro. Dix ans à raconter et faire vivre le ski, tout était à faire, ce sport était très mal connu. Expliquer pourquoi un skieur va plus vite parce qu’il passe à tel endroit plutôt qu’un autre, c’était important. Ça m’a vraiment permis de tourner la page tranquillement, puis je me suis occupé de l’office du tourisme, de mise au point de matériel de compétition, avant de reprendre le magasin de mes parents en 2000 et ainsi, de devenir chef d’entreprise.

« Les clients des stations sont-ils réellement demandeurs de 175 kilomètres de pistes alpines au lieu de 80 ?  »

La montagne française sort de trois années avec des déficits de neige en début de saison. La météo explique-t-elle tous les problèmes ?

La météo de chaque saison explique en grande partie les choses. J’ai connu mes parents faire ce métier avec presque toujours de la neige dès le mois de novembre, rarement des difficultés en début de saison. Depuis quatre ans, ce n’est plus le cas. La question climatique est la pierre angulaire de notre métier. L’actuelle course l’escalade au canon neige et à l’artificiel me paraissent pas démesurées. On se doit de réfléchir différemment.

Pourtant, les massifs français sont moins équipés en neige de culture que ceux d’Autriche et d’Italie ?

Mais ils le font différemment. Ils n’ont pas fait les mêmes choix stratégiques de développement des stations que nous. En Autriche, il y a très peu de stations d’altitude, la plupart sont des villages de bas de vallée complétés par des gros porteurs pour acheminer les skieurs vers les alpages. La Suisse est exactement dans le même cas, l’Italie en partie aussi. Aujourd’hui, notre expérience n’a pas le même répercussion par rapport à la montagne. Nos concurrents n’ont pas eu la même approche de développement touristique de la montagne et sont aujourd’hui en capacité de mieux la protéger.

Est-ce que l’on peut changer ça ?

Je n’ai pas le mode d’emploi mais je sais qu’il faut arrêter de gaspiller la ressource montagne. J’adore vendre des skis mais je suis conscient que la montagne ne se résume pas au ski. La montagne, c’est d’abord l’altitude, le repos, le bon air. La nature est son vrai trésor. Est-ce que les clients de la montagne française sont réellement demandeurs de 175 kilomètres de pistes alpines au lieu de 80 ? Si on leur proposait à la place plus d’espaces préservés, ils ne seraient pas contre. Toutes les enquêtes montrent que les premières raisons de fréquentation de la montagne sont les paysages et l’environnement…

Le retour de la neige cet hiver s’est-il traduit par de meilleures ventes dans votre magasin ?

Noël a été convenable, grâce à la clientèle familiale, la deuxième semaine des vacances a été plus complexe avec une multiplication d’arrivées et de départs différés et de courts séjours. Janvier est en réelle progression car l’an dernier nous n’avions pas du tout de neige. Les chiffres de ce début de saison ne sont pas extraordinaires mais l’abondance de neige peut donner confiance aux consommateurs et les inciter à revenir, non seulement cette année, mais aussi l’an prochain. D’autant que cette année, il y a eu de la neige sur tous les massifs à toutes les altitudes, ce qui a permis d’irriguer de nouveau la clientèle sur l’ensemble de la montagne. D’un autre côté, ce bon début de saison ne doit pas nous faire oublier le reste. Ce n’est parce qu’une saison se passe « normalement » que nous sommes tirés d’affaire. La montagne sera de nouveau sur la sellette l’année prochaine…

Propos recueillis par Olivier Costil

 

Simon Yarwood

Malgré la concurrence des synthétiques, le cuir a encore de beaux jours devant lui. C’est l’avis de Simon Yarwood, directeur général de World Trades Publishing, éditeur des magazines professionnels World Leather, World Footwear et World Sports Activewear. Intervenant au 3è World Leather Congress 2017 qui s’est tenu fin août dernier à Shanghai, Simon Yarwood livre à Filièresport sa vision de l’avenir du cuir dans le sport.

Filièresport : Quelle est l’image du cuir sur le marché du sport ?

Simon Yarwood : Le cuir, certes, n’y a plus la place qu’il avait. La première raison est économique : les synthétiques, hydrocarbonés notamment, coûtent moins cher et les sources d’approvisionnement sont plus abondantes. Au total un milliard de mètres carrés de cuir « fini » sont produits dans le monde par an. La quantité de plastique que les fabricants de matériel et les marques essaient de faire passer pour du cuir serait 50 fois plus importante ! Est-ce seulement une question de coût ? Non, car les qualités du cuir sont uniques. C’est une matière à forte valeur ajoutée. Mais sur le marché du sport, il y a un vrai défi à relever car les marques veulent alléger à tout prix leurs produits. L’enjeu des producteurs de cuir est d’aider leurs clients à atteindre ces poids réduits tout en étant capables de conserver la beauté, la souplesse, l’aspect naturel, la durabilité et les qualités environnementales du cuir.

Le cuir peut-il s’adapter à ces nouvelles exigences ?

Du chemin a déjà été parcouru : les chaussures de foot en cuir de Just Fontaine – avec lesquelles il a établi le record historique de 13 buts marqués lors de la Coupe du Monde 1958 en Suède – pesaient 352 grammes chacune. C’était le modèle « F 181 » d’Adidas. Le modèle « Adizero 99g », notamment porté par le joueur du Bayern David Alaba pendant l’Euro 2016 en France pesait 3,5 fois moins !

L’image du cuir est-elle différente dans le sport et dans la mode ?

Les grandes maisons de mode savent que si elles veulent continuer à faire payer aux consommateurs des centaines d’euros pour un sac à main, le sac doit être de la plus haute qualité possible, et qu’il soit donc en cuir. Il y a deux ans le Financial Times a demandé à Prada quel était le coût du cuir pour un sac : c’était entre 90 et 100 €, une belle somme certes, mais il s’agissait d’une peau de veau français tannée en Toscane. En fait, cela ne représentait que 4,3 % du coût total du sac ! Prada dépense infiniment plus en marketing et en publicité, mais ni l’un ni l’autre ne rendent le sac plus beau pour autant…

Le cuir est une matière naturelle. Est-ce une matière écologique ?

Bien sûr. Quelque 250 millions de peaux arrivent chaque année sur le marché du cuir, parce que les industries de la viande et laitières envoient les animaux à l’abattoir. Si nous avions à choisir entre envoyer ces 250 millions de peaux à la décharge ou demander aux tanneurs de les transformer, quelle serait la décision la plus écologique ?

L’industrie du tannage est-elle si vertueuse ?

Les meilleurs tanneries du monde mènent aujourd’hui des politiques environnementales strictes qui incluent le recyclage des produits chimiques utilisés et le traitement des eaux usées, la transformation des déchets en énergie avec au bout du compte une production « zéro déchet ».

Que pensez-vous de la campagne Detox de Greenpeace. L’industrie du cuir risque-t-elle d’être une cible pour les écologistes ?

Greenpeace fait un travail remarquable en sensibilisant toutes les entreprises au respect de l’environnement. Le cuir est depuis longtemps dans la ligne de mire des militants écologistes. C’est pour cela que nous avons lancé le prix “Tannery of the Year” destiné à promouvoir les tanneurs responsables. Bien d’autres entreprises dans différents secteurs devraient suivre cet exemple !

Les revendications des consommateurs vegan pour un “green leather” sont-elles réalistes ?

Le cuir est intrinsèquement « vert ». C’est une industrie de recyclage vieille de plus de 5000 ans ! Pourquoi les vegan continuent-ils à utiliser le mot tant honni par eux alors qu’il s’agit en fait de purs synthétiques ?

Le cuir a-t-il un futur sur le marché du sport ?

Les athlètes et les sportifs n’hésitent pas à vanter et défendre l’héritage et la tradition : c’est excellent pour le cuir ! Il y a dix ans, les autorités ont essayé d’introduire des ballons en composite dans le championnat de la NBA. Les joueurs ont protesté. Jusqu’à ce jour, des sociétés comme Molten ou Spalding utilisent encore et toujours des cuirs pleine fleur pour la plupart de leurs ballons, approuvés par la FIBA.

Le cuir pourra-t-il rivaliser avec les matériaux à haute performance ?

Les meilleurs tanneurs essayent en permanence de répondre aux attentes changeantes des consommateurs. Outre l’allégement du cuir, des recherches prometteuses sont en cours pour ajouter des fonctionnalités nouvelles aux propriétés naturelles du cuir comme la résistance à l’eau, des propriétés antimicrobiennes ou la respirabilité.

Propos recueillis par Dominique Demoinet Hoste

 

0027 annie famose - Crédit Photo Gil Quemoun : Filière SportChampionne olympique de ski, entrepreneur à succès en stations de montagne, fondatrice et actionnaire majoritaire de Skiset, le leader mondial  de la location de skis et administratrice de l’Olympique Lyonnais, Annie Famose délivre, dans le Grand Entretien qu’elle a accordé à Filière Sport, un regard acéré sur l’économie du ski et de la montagne et expose les principes d’action qui font de son parcours sportif et professionnel une authentique success story.

 

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Thierry Braillard©Hervé HamonAlors que l’événement « Sentez-vous Sport », visant à sensibiliser aux bienfaits d’une activité physique et sportive régulière, s’achève ce week-end par de nombreuses animations grand public et des opérations portes ouvertes au sein du patrimoine sportif (Insep, Roland Garros…), Thierry Braillard, secrétaire d’Etat aux Sports, confie à Filière Sport sa vision des enjeux du secteur sport.

Filière Sport  – Après une éclipse l’an dernier, le ministère des Sports (ainsi que celui de l’Education) se sont associés cette année à l’opération Sentez-vous sport. Qu’en attendez-vous ?

Thierry Braillard L’objectif  est  de sensibiliser le grand public sur la nécessité de pratiquer une activité physique, en s’adressant en priorité à ceux – souvent les plus fragiles – qui pâtissent le plus du manque d’activité. S’agissant du sport à l’école, la Ministre de l’éducation nationale compte s’appuyer sur la réforme des rythmes  scolaires  pour développer la pratique sportive dans l’enceinte éducative ; mais également au monde de l’entreprise, en assurant la promotion d’activités physiques au travail.

La visibilité de cette manifestation est-elle suffisante auprès du public ?

De 200 000 visiteurs  en 2010, nous sommes à 1 million de visiteurs attendus en 2014 sur 7 jours de célébration, pour 1 500 événements. L’opération a connu un très beau succès. Il faut continuer en ce sens. Nous souhaitons oeuvrer pour que cette initiative puisse, à terme, se transformer en semaine européenne du sport.

 « Le ministère souhaite accompagner les fédérations sur de nouveaux services encourageant la pratique loisir »

Le nombre de licenciés des fédérations sportives agréées a progressé de 2,6 % en 2012-2013. Ce bilan vous paraît-il satisfaisant ?

Je me méfie de la satisfaction car elle fait le lit de l’immobilisme politique. Mais cette progression est encourageante. Cela démontre que l’intérêt des Français est toujours réel pour le sport. D’ailleurs une récente étude a démontré que la part de leur budget consacré au sport est constante, malgré la crise économique. Pour avoir une idée plus précise, il faut  regarder sur le long terme : de 2001 à 2010, la pratique sportive (encadrée et non encadrée) a progressé de 5 points. En 2010, 89% des français étaient concernés par une pratique sportive. Mais la pratique d’un sport a lieu  de plus  en plus souvent en dehors de toute structure. Or on sait aussi que l’accompagnement par des structures adaptées offre des garanties en termes de sécurité de la pratique et renforce les effets bénéfiques du sport. Pour encourager la pratique loisir, le ministère des Sports souhaite accompagner les fédérations dans la mise en place  de  nouveaux  services  pour les licenciés.

Thierry Braillard

“Le lien entre le monde fédéral et le système scolaire est un enjeu majeur” 

 Pourtant, selon l’INPES, 40 % de jeunes ne font pas de sport en dehors du cadre scolaire. Comment augmenter la pratique chez les jeunes ? 

L’Etat a un rôle à jouer en matière de développement de la pratique sportive chez les jeunes car le sport est un facteur de l’émancipation de l’individu, et joue un rôle clé en matière d’insertion sociale. Au delà de la question du sport à l’école, le lien entre le monde fédéral et le système scolaire est un enjeu majeur.  Il faut accompagner davantage les associations sportives et mobiliser les collectivités sur la question du sport dans le cadre du projet éducatif de territoire, en lien avec tous les acteurs : mouvement sportif, services de l’Etat et collectivités territoriales.

Quel rôle les entreprises, et plus particulièrement les marques et les enseignes / magasins de sport, peuvent-ils jouer dans la gouvernance du sport ?

C’est une question pertinente, car essentielle.  Dans ce contexte de crise, le sport demeure un secteur économique en croissance continue et qui embauche, même en période de crise. Le ministère  prend en compte cette évolution et se donne les  moyens de mieux appréhender, encourager et développer l’économie du sport. Pour cela, nous dialoguons de manière continue avec les entreprises,  en premier lieu le MEDEF, qui a un comité sport. Nos fédérations sportives ont besoin d’approfondir leur collaboration avec les entreprises du secteur pour poursuivre leur développement. A terme, la place de l’entreprise dans le sport se dessinera naturellement.

Qu’attendez-vous du Conseil national du Sport, créé en 2013 et qui regroupe les différents acteurs du secteur sport, dont les entreprises ?

C’est un outil essentiel car il permet d’associer l’ensemble des parties prenantes de ce secteur. Si je prends un exemple, les collectivités territoriales participent désormais aux réflexions concernant le sport de haut niveau. Le CNS n’a qu’un an, c’est à nous collectivement de le faire vivre et de tirer les bénéfices de ce nouvel espace de dialogue.

« La  France a une ambition olympique légitime mais si on y va,  ce sera pour gagner »

Le projet de grande loi sur le sport envisagée préparée par Valérie Fourneyron n’étant plus d’actualité, quelles sont les priorités d’action du Ministère et vos objectifs en tant que secrétaire d’Etat ?

Le statut social du sportif professionnel,  la réforme du contentieux sportif, la réflexion sur le « supportérisme », vous le voyez, ce ne sont pas les sujets à enjeux qui manquent.  Nous nous y attelons avec détermination, certains pouvant déboucher sur des initiatives législatives.  Bien évidemment, il nous faut aussi  favoriser l’excellence sportive et nos athlètes de haut niveau, dans la perspective des Jeux Olympiques de Rio en 2016.

Thierry Braillard INSEPAprès une Coupe du Monde qui a permis à l’Equipe de France de football de renouer avec son public, comment se présente l’Euro 2016 ?

Nous serons fin prêts pour l’Euro, qui constitue une formidable opportunité d’accentuer le rayonnement international du sport français, en termes d’équipements comme de performances sportives.  Cet événement doit, au delà, impulser une dynamique qui profitera à l’ensemble du pays, nous y travaillons avec détermination.

La candidature de la France aux Jeux Olympiques de 2024 est-elle toujours envisagée ?

Des groupes de travail  ont été lancés en mai dernier,  associant largement les différentes parties prenantes (mouvement sportif, Etat, collectivités territoriales, monde de l’entreprise…). Ils  rendront  leurs conclusions à la fin de l’année.  La  France a une ambition olympique légitime mais si on y va,  ce sera pour gagner. A nous de ne pas reproduire les erreurs  des  candidatures passées. La démarche engagée me semble la bonne.

Recueilli par O.C.

 

 

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A l’approche de la rentrée des clubs et de la semaine Sentez Vous Sport, Denis Masseglia a confié à Filière Sport ses analyses des enjeux du sport français, en termes  de pratique mais aussi de relations avec les institutions, les marques et les équipementiers. “Il faut donner le goût du sport au jeunes”, déclare le président du Comité national olympique et sportif (CNOSF), qui voit les nouveaux rythmes scolaires comme une opportunité et appelle le monde de l’entreprise à passer du sponsoring au “partenariat sociétal”. Le point sur Sentez Vous Sport en vidéo ci-dessus et interview complète parue dans Filière Sport n°9 de septembre 2013 en cliquant ici.

 

Jeux olympiques qualifiés d’exceptionnels pour la marque Adidas, révision à la baisse des objectifs de Reebok, remise en cause de partenariats avec certaines fédérations sportives… Le Groupe Adidas est sous les feux de la rampe en cette rentrée. Six mois après sa prise de fonction, Alain Pourcelot, confie sa vision du marché et explique pourquoi il reste optimiste malgré les difficultés de la conjoncture.

Filière Sport – Vous avez été nommé par promotion interne, de même que les trois autres membres du comité de direction récemment nommés à de nouvelles fonctions. Est-ce le signe d’une volonté du groupe de privilégier la continuité ?

Alain Pourcelot – Ma nomination après sept ans d’expérience dans le Groupe Adidas donne une certaine consistance à ma prise de poste au niveau du Groupe. Il en va de même pour les collaborateurs qui ont été parallèlement promus. Nous avons ainsi un comité de direction expérimenté, puisqu’il est composé de personnes présentes dans le Groupe depuis plusieurs années. Ils connaissent intrinsèquement le marché et ont en commun notre culture d’entreprise, faite de proximité et d’humilité, que les sportifs nous rappellent régulièrement.

FS – Le directeur de la marque Reebok, Guillaume de Monplanet, a pris la tête de la marque Adidas. Peut-on facilement passer de l’une à l’autre ?
AP – Quelqu’un qui passe d’une marque à l’autre comprend mieux leurs similitudes et différences. En l’occurrence, Adidas et Reebok ont en commun le fait d’être deux marques de sport qui ont chacune développé des produits plus mode en s’appuyant sur leur propre culture, Adidas avec la signature Originals, Reebok avec Classics. Mais elles sont aussi très différentes par leur positionnement. Il y a une complémentarité assez forte entre les deux.

FS – Le groupe a réduit l’objectif mondial de résultat de Reebok à l’horizon 2015. Comment se comporte la marque sur le marché français ?

AP – Au niveau mondial, certaines décisions de non renouvellement de contrats, principalement aux Etats-Unis, ont des effets importants. En France, Reebok est en train de construire sa légitimité autour du fitness et du training. Tout le monde a besoin de s’entraîner. La culture de Reebok, c’est ce tronc commun à tous les sports, que l’on soit un sportif de très haut niveau ou de tous les jours. Il y a en ce moment une dynamique positive autour du fitness, qui se propage au monde entier. Le CrossFit en est la figure de proue, Reebok est en train d’en faire son sport de prédilection, à côté d’autres activités comme la danse, le yoga, la zumba, la gymnastique suédoise… Reebok souhaite capter ces pratiques qui, comme la marque elle-même, sont mixtes. L’autre dimension de la culture Reebok, c’est le running. Le running est le sport de tous les sports car là encore, courir fait partie du training. Et c’est une activité en croissance : Reebok continuera de s’y développer, en  chaussure comme en textile. Sur la partie Classics, Reebok reste fidèle à la culture et à la musique urbaine. Le partenariat avec la chanteuse Alicia Keys, l’égérie de la marque à partir de 2013, s’y inscrit totalement… Pour Reebok, cela se passe plutôt pas mal en France, la dynamique est forte mais il faut continuer de tranquillement la renforcer en s’appuyant sur ses deux forces, le sport d’un côté et le style de l’autre.

« Pour Reebok, en France, la dynamique est forte mais il faut continuer de la renforcer en s’appuyant le sport d’un côté et le style de l’autre. »

FS – Le même double appui prévaut pour Adidas…

AP – Oui car finalement, on retrouve le même consommateur faisant son footing le matin et qui s’habille en Originals pour sortir le soir. Mais le rôle essentiel d’une marque multisports leader comme Adidas, c’est d’innover. Nous avons lancé cette année la chaussure de football la plus légère et nous lancerons bientôt un produit révolutionnaire en running. Grâce à notre partenariat avec la Fédération française de Rugby [opérationnel depuis l’été dernier, NDLR], nous allons mettre en scène notre offre sur ce sport, avec des innovations dans le textile et la volonté d’apporter toujours quelque chose de nouveau. Les sports de prédilection d’Adidas sont le foot, le running, le training – aux côtés de Reebok – et le basket, un sport sur lequel nous souhaitons nous renforcer car il concerne le cœur de cible des consommateurs de sport, les 14-19 ans.

FS – En revanche, Adidas n’est pas parvenue à conserver son partenariat avec la Fédération française d’Athlétisme, signé par Asics !
AP – De tout temps, le but d’Adidas a été d’encourager la pratique sportive en France. C’est pourquoi nous sommes partenaires des Fédérations sportives. Nous avons la volonté d’être connectés avec elles mais dans les limites du raisonnable. Nous refusons les contrats qui portent l’investissement à un niveau trop élevé. Dans le cas du partenariat avec la Fédération française d’Athlétisme, dont nous étions partenaire depuis 40 ans, Adidas a participé à l’appel d’offres mais n’a pas été retenue. Nous le regrettons. Il y aura une possibilité de revenir dans quatre ans.

FS – La décision du Comité national olympique et sportif français (CNOSF) de laisser chaque fédération choisir son équipementier ne change-t-elle pas la donne des partenariats ?

AP – Pour nous, il n’y a pas de changement. Là encore, cela fait quarante ans que nous sommes partenaire du CNOSF. Nous avons été les seuls à répondre à son appel d’offres pour un partenaire unique. Il a été décidé par le Comité Olympique de le rendre caduque et de laisser chaque fédération désigner son partenaire. Nous en avons pris acte. Nous sommes dans l’attente des appels d’offres sur d’autres lots comme le podium, la gamme village, le défilé de cérémonies. Adidas espère être à nouveau la marque associée aux Jeux olympiques.

« Les questions de gestion des approvisionnements nécessiteraient une plus grande coordination entre les intervenants du marché. »

FS – Quel est votre bilan des JO 2012 ?
AP – Il est exceptionnel ! Les Jeux ont donné une présence incroyable à Adidas. En France, il y a eu un engouement pour nos gammes olympiques que, pour la première fois, nous avions mis en vente non seulement dans nos propres magasins, mais aussi chez nos clients distributeurs. Mon rêve, c’est que nous travaillions tous pour faire venir les Jeux olympiques en France, en 2024 – année du centenaire des derniers JO organisés à Paris – ou en 2028. Les 80 000 personnes qui sont venues célébrer les champions français sur les Champs-Elysées témoignent de la connexion entre les Français et leurs athlètes. Cela va donner envie à beaucoup d’enfants français de s’inscrire dans les clubs. L’effet est d’autant plus intéressant qu’il concerne de nombreuses disciplines. Il me rend optimiste pour la rentrée sur le marché du sport.

FS – Au-delà de l’effet JO, comment sentez-vous l’évolution de la consommation sur la fin 2012 et le début 2013 ?

AP – Le climat reste pesant sur l’économie mondiale en général mais je crois que le sport et les marques qui font rêver détiennent de solides fondements. Le nombre de licenciés augmente dans la plupart des fédérations, telles que le handball, le rugby, le judo ou le tennis, dont nous sommes partenaires. Il n’y a guère que le football qui souffre. Globalement, il n’y a pas de désaffection de la pratique sportive, aussi bien dans que hors des clubs. Or c’est la pratique qui précède la consommation d’articles de sport.

FS – Vous restez optimiste également pour les produits sport-mode ?
AP – Les ventes de produits sport, comme celles de produits style-de-vie, sont en croissance raisonnable. Ces derniers ont par définition un potentiel beaucoup plus grand. Si on continue de développer la pratique sportive, la dynamique du lifestyle restera forte car les marques de sport font rêver. Les athlètes sont des donneurs d’envie, les événements sportifs sont des catalyseurs. Il peut y avoir des décalages conjoncturels de consommation, mais structurellement, le marché reste porteur.

« Mon rêve, c’est que nous travaillions tous pour faire venir les Jeux olympiques en France. »

FS – Quels leviers comptez-vous actionner pour affronter ces « décalages conjoncturels » ?

AP – Le premier enjeu, dans un contexte difficile, c’est l’innovation, une innovation réelle pour le consommateur. Le second, c’est qu’il perçoive cette innovation et là, la capacité des distributeurs à mettre en scène nos innovations est essentielle. Le troisième enjeu, c’est de nous adapter. Il y a un an, la flambée des coûts des matières premières a généré une augmentation des prix de nos produits. Il est possible que ces coûts matière arrêtent de croître. Nous adapterons nos prix en fonction de l’économie, comme nous adapterons nos investissements. Il faut cependant garder en mémoire que les articles de sport ont une valeur unitaire moyenne faible, ce qui protège en partie le marché du risque de récession. Notre rôle est de construire nos marques dans la durée, et nos investissements, qu’ils soient en marketing, en communication, dans l’innovation ou en points de vente, continueront à dynamiser le marché.

FS – Comment s’équilibrent aujourd’hui vos ventes entre la distribution aux détaillants multimarque et vos propres canaux ?

AP – Nous réalisons un peu moins de 20 % de notre chiffre d’affaires dans nos magasins propres à l’enseigne, nos magasins d’usines et sur notre site e-commerce. Cette règle des 20-80 nous va bien. Elle suffit à créer une expérience de marque pour les consommateurs et à nous procurer une connexion directe avec eux. Gérer nos propres magasins nous confronte par ailleurs aux problèmes que rencontrent nos clients et de ne pas nous limiter à un discours de fournisseur.

FS – Sur quels points clés portent votre travail avec les distributeurs ?
AP – La mise-en-scène en magasin est indispensable. Comment avec toi, distributeur, je vais mettre en avant mes innovations et recréer l’émotion du sport en magasin ? La gestion de la chaîne logistique est également fondamentale : avoir les bonnes tailles, renouveler les produits dans les temps, etc., permet à la fois d’augmenter les ventes et de limiter le coût des stocks. Au niveau européen, notre programme NooS (Never out of Stock), qui part des données de ventes distributeur pour piloter les fabrications et les livraisons aux magasins, répond à ce besoin. Nous travaillons de plus en plus en partenariat avec chacun des distributeurs en matière de gestion des approvisionnements. Ce sont des questions qui nécessiteraient cependant une plus grande coordination entre les intervenants du marché. Nous aimerions que cela aille plus vite. Il faut qu’il y ait une vraie convergence.

FS – Quels sont vos objectifs en matière de franchise ?

AP – Notre développement en franchise concerne quasi-uniquement adidas Originals. Nous nous interrogeons sur l’opportunité de le faire pour Reebok mais c’est encore en réflexion. La franchise rend l’entièreté de la gamme Originals accessible au consommateur. En renforçant la visibilité de la marque, elle bénéficie aussi à nos partenaires multimarque. C’est donc un levier marketing et commercial fort. L’enseigne Originals compte aujourd’hui une quinzaine de magasins. Nous n’avons pas d’objectif précis à terme. Nous souhaitons la développer dans les villes moyennes avec des partenaires professionnels du textile ayant l’expérience des marques. Originals est une marque premium, il n’est pas question d’ouvrir des magasins partout.

Propos recueillis par Olivier Costil

Un comité de direction de fidèles au Groupe
On ne révolutionne pas une équipe qui gagne. Alain Pourcelot, 46 ans, nommé directeur général du Groupe Adidas en avril dernier en remplacement d’André Maestrini (qui a pris la tête de la zone Amérique latine, a rejoint le fabricant d’articles de sport en 2005. Suite à sa nomination), ses fonctions de directeur de la marque Adidas ont été reprises par Guillaume de Monplanet, 37 ans, précédemment directeur de la marque Reebok. Celle-ci est désormais placée sous la responsabilité de Sandrine Retailleau-Vallet, 46 ans, qui occupait précédemment le poste de directrice du développement commercial du Groupe Adidas. Elle est l’une de trois femmes du Comité de direction, dont les neuf membres ont tous au moins quatre ans d’expérience au sein de l’entreprise. Le plus ancien, Jérôme Lévêque, nommé directeur commercial en avril dernier, a rejoint le groupe en 1996.
LE GROUPE ADIDAS EN CHIFFRES
  • 13,34 Mds € de chiffre d’affaires net en 2011.
  • 671 M € de resultat net en 2011.
  • + 11 % d’évolution de chiffre d’affaires au premier semestre 2012 (+ 5 % en Europe de l’Ouest).
  • Près de 2 500 points de ventes clients Adidas et 2000 Reebok en France.
  • 16 magasins Adidas Originals franchisés.
  • 10 concept stores Adidas.
  • 1 Adidas Originals intégrés.
  • 12 magasins d’usine en France.
  • 800 salariés en France.