Simon Yarwood

Malgré la concurrence des synthétiques, le cuir a encore de beaux jours devant lui. C’est l’avis de Simon Yarwood, directeur général de World Trades Publishing, éditeur des magazines professionnels World Leather, World Footwear et World Sports Activewear. Intervenant au 3è World Leather Congress 2017 qui s’est tenu fin août dernier à Shanghai, Simon Yarwood livre à Filièresport sa vision de l’avenir du cuir dans le sport.

Filièresport : Quelle est l’image du cuir sur le marché du sport ?

Simon Yarwood : Le cuir, certes, n’y a plus la place qu’il avait. La première raison est économique : les synthétiques, hydrocarbonés notamment, coûtent moins cher et les sources d’approvisionnement sont plus abondantes. Au total un milliard de mètres carrés de cuir « fini » sont produits dans le monde par an. La quantité de plastique que les fabricants de matériel et les marques essaient de faire passer pour du cuir serait 50 fois plus importante ! Est-ce seulement une question de coût ? Non, car les qualités du cuir sont uniques. C’est une matière à forte valeur ajoutée. Mais sur le marché du sport, il y a un vrai défi à relever car les marques veulent alléger à tout prix leurs produits. L’enjeu des producteurs de cuir est d’aider leurs clients à atteindre ces poids réduits tout en étant capables de conserver la beauté, la souplesse, l’aspect naturel, la durabilité et les qualités environnementales du cuir.

Le cuir peut-il s’adapter à ces nouvelles exigences ?

Du chemin a déjà été parcouru : les chaussures de foot en cuir de Just Fontaine – avec lesquelles il a établi le record historique de 13 buts marqués lors de la Coupe du Monde 1958 en Suède – pesaient 352 grammes chacune. C’était le modèle « F 181 » d’Adidas. Le modèle « Adizero 99g », notamment porté par le joueur du Bayern David Alaba pendant l’Euro 2016 en France pesait 3,5 fois moins !

L’image du cuir est-elle différente dans le sport et dans la mode ?

Les grandes maisons de mode savent que si elles veulent continuer à faire payer aux consommateurs des centaines d’euros pour un sac à main, le sac doit être de la plus haute qualité possible, et qu’il soit donc en cuir. Il y a deux ans le Financial Times a demandé à Prada quel était le coût du cuir pour un sac : c’était entre 90 et 100 €, une belle somme certes, mais il s’agissait d’une peau de veau français tannée en Toscane. En fait, cela ne représentait que 4,3 % du coût total du sac ! Prada dépense infiniment plus en marketing et en publicité, mais ni l’un ni l’autre ne rendent le sac plus beau pour autant…

Le cuir est une matière naturelle. Est-ce une matière écologique ?

Bien sûr. Quelque 250 millions de peaux arrivent chaque année sur le marché du cuir, parce que les industries de la viande et laitières envoient les animaux à l’abattoir. Si nous avions à choisir entre envoyer ces 250 millions de peaux à la décharge ou demander aux tanneurs de les transformer, quelle serait la décision la plus écologique ?

L’industrie du tannage est-elle si vertueuse ?

Les meilleurs tanneries du monde mènent aujourd’hui des politiques environnementales strictes qui incluent le recyclage des produits chimiques utilisés et le traitement des eaux usées, la transformation des déchets en énergie avec au bout du compte une production « zéro déchet ».

Que pensez-vous de la campagne Detox de Greenpeace. L’industrie du cuir risque-t-elle d’être une cible pour les écologistes ?

Greenpeace fait un travail remarquable en sensibilisant toutes les entreprises au respect de l’environnement. Le cuir est depuis longtemps dans la ligne de mire des militants écologistes. C’est pour cela que nous avons lancé le prix “Tannery of the Year” destiné à promouvoir les tanneurs responsables. Bien d’autres entreprises dans différents secteurs devraient suivre cet exemple !

Les revendications des consommateurs vegan pour un “green leather” sont-elles réalistes ?

Le cuir est intrinsèquement « vert ». C’est une industrie de recyclage vieille de plus de 5000 ans ! Pourquoi les vegan continuent-ils à utiliser le mot tant honni par eux alors qu’il s’agit en fait de purs synthétiques ?

Le cuir a-t-il un futur sur le marché du sport ?

Les athlètes et les sportifs n’hésitent pas à vanter et défendre l’héritage et la tradition : c’est excellent pour le cuir ! Il y a dix ans, les autorités ont essayé d’introduire des ballons en composite dans le championnat de la NBA. Les joueurs ont protesté. Jusqu’à ce jour, des sociétés comme Molten ou Spalding utilisent encore et toujours des cuirs pleine fleur pour la plupart de leurs ballons, approuvés par la FIBA.

Le cuir pourra-t-il rivaliser avec les matériaux à haute performance ?

Les meilleurs tanneurs essayent en permanence de répondre aux attentes changeantes des consommateurs. Outre l’allégement du cuir, des recherches prometteuses sont en cours pour ajouter des fonctionnalités nouvelles aux propriétés naturelles du cuir comme la résistance à l’eau, des propriétés antimicrobiennes ou la respirabilité.

Propos recueillis par Dominique Demoinet Hoste

 

0027 annie famose - Crédit Photo Gil Quemoun : Filière SportChampionne olympique de ski, entrepreneur à succès en stations de montagne, fondatrice et actionnaire majoritaire de Skiset, le leader mondial  de la location de skis et administratrice de l’Olympique Lyonnais, Annie Famose délivre, dans le Grand Entretien qu’elle a accordé à Filière Sport, un regard acéré sur l’économie du ski et de la montagne et expose les principes d’action qui font de son parcours sportif et professionnel une authentique success story.

 

Pour lire l’interview cliquer ici

Thierry Braillard©Hervé HamonAlors que l’événement « Sentez-vous Sport », visant à sensibiliser aux bienfaits d’une activité physique et sportive régulière, s’achève ce week-end par de nombreuses animations grand public et des opérations portes ouvertes au sein du patrimoine sportif (Insep, Roland Garros…), Thierry Braillard, secrétaire d’Etat aux Sports, confie à Filière Sport sa vision des enjeux du secteur sport.

Filière Sport  – Après une éclipse l’an dernier, le ministère des Sports (ainsi que celui de l’Education) se sont associés cette année à l’opération Sentez-vous sport. Qu’en attendez-vous ?

Thierry Braillard L’objectif  est  de sensibiliser le grand public sur la nécessité de pratiquer une activité physique, en s’adressant en priorité à ceux – souvent les plus fragiles – qui pâtissent le plus du manque d’activité. S’agissant du sport à l’école, la Ministre de l’éducation nationale compte s’appuyer sur la réforme des rythmes  scolaires  pour développer la pratique sportive dans l’enceinte éducative ; mais également au monde de l’entreprise, en assurant la promotion d’activités physiques au travail.

La visibilité de cette manifestation est-elle suffisante auprès du public ?

De 200 000 visiteurs  en 2010, nous sommes à 1 million de visiteurs attendus en 2014 sur 7 jours de célébration, pour 1 500 événements. L’opération a connu un très beau succès. Il faut continuer en ce sens. Nous souhaitons oeuvrer pour que cette initiative puisse, à terme, se transformer en semaine européenne du sport.

 « Le ministère souhaite accompagner les fédérations sur de nouveaux services encourageant la pratique loisir »

Le nombre de licenciés des fédérations sportives agréées a progressé de 2,6 % en 2012-2013. Ce bilan vous paraît-il satisfaisant ?

Je me méfie de la satisfaction car elle fait le lit de l’immobilisme politique. Mais cette progression est encourageante. Cela démontre que l’intérêt des Français est toujours réel pour le sport. D’ailleurs une récente étude a démontré que la part de leur budget consacré au sport est constante, malgré la crise économique. Pour avoir une idée plus précise, il faut  regarder sur le long terme : de 2001 à 2010, la pratique sportive (encadrée et non encadrée) a progressé de 5 points. En 2010, 89% des français étaient concernés par une pratique sportive. Mais la pratique d’un sport a lieu  de plus  en plus souvent en dehors de toute structure. Or on sait aussi que l’accompagnement par des structures adaptées offre des garanties en termes de sécurité de la pratique et renforce les effets bénéfiques du sport. Pour encourager la pratique loisir, le ministère des Sports souhaite accompagner les fédérations dans la mise en place  de  nouveaux  services  pour les licenciés.

Thierry Braillard

“Le lien entre le monde fédéral et le système scolaire est un enjeu majeur” 

 Pourtant, selon l’INPES, 40 % de jeunes ne font pas de sport en dehors du cadre scolaire. Comment augmenter la pratique chez les jeunes ? 

L’Etat a un rôle à jouer en matière de développement de la pratique sportive chez les jeunes car le sport est un facteur de l’émancipation de l’individu, et joue un rôle clé en matière d’insertion sociale. Au delà de la question du sport à l’école, le lien entre le monde fédéral et le système scolaire est un enjeu majeur.  Il faut accompagner davantage les associations sportives et mobiliser les collectivités sur la question du sport dans le cadre du projet éducatif de territoire, en lien avec tous les acteurs : mouvement sportif, services de l’Etat et collectivités territoriales.

Quel rôle les entreprises, et plus particulièrement les marques et les enseignes / magasins de sport, peuvent-ils jouer dans la gouvernance du sport ?

C’est une question pertinente, car essentielle.  Dans ce contexte de crise, le sport demeure un secteur économique en croissance continue et qui embauche, même en période de crise. Le ministère  prend en compte cette évolution et se donne les  moyens de mieux appréhender, encourager et développer l’économie du sport. Pour cela, nous dialoguons de manière continue avec les entreprises,  en premier lieu le MEDEF, qui a un comité sport. Nos fédérations sportives ont besoin d’approfondir leur collaboration avec les entreprises du secteur pour poursuivre leur développement. A terme, la place de l’entreprise dans le sport se dessinera naturellement.

Qu’attendez-vous du Conseil national du Sport, créé en 2013 et qui regroupe les différents acteurs du secteur sport, dont les entreprises ?

C’est un outil essentiel car il permet d’associer l’ensemble des parties prenantes de ce secteur. Si je prends un exemple, les collectivités territoriales participent désormais aux réflexions concernant le sport de haut niveau. Le CNS n’a qu’un an, c’est à nous collectivement de le faire vivre et de tirer les bénéfices de ce nouvel espace de dialogue.

« La  France a une ambition olympique légitime mais si on y va,  ce sera pour gagner »

Le projet de grande loi sur le sport envisagée préparée par Valérie Fourneyron n’étant plus d’actualité, quelles sont les priorités d’action du Ministère et vos objectifs en tant que secrétaire d’Etat ?

Le statut social du sportif professionnel,  la réforme du contentieux sportif, la réflexion sur le « supportérisme », vous le voyez, ce ne sont pas les sujets à enjeux qui manquent.  Nous nous y attelons avec détermination, certains pouvant déboucher sur des initiatives législatives.  Bien évidemment, il nous faut aussi  favoriser l’excellence sportive et nos athlètes de haut niveau, dans la perspective des Jeux Olympiques de Rio en 2016.

Thierry Braillard INSEPAprès une Coupe du Monde qui a permis à l’Equipe de France de football de renouer avec son public, comment se présente l’Euro 2016 ?

Nous serons fin prêts pour l’Euro, qui constitue une formidable opportunité d’accentuer le rayonnement international du sport français, en termes d’équipements comme de performances sportives.  Cet événement doit, au delà, impulser une dynamique qui profitera à l’ensemble du pays, nous y travaillons avec détermination.

La candidature de la France aux Jeux Olympiques de 2024 est-elle toujours envisagée ?

Des groupes de travail  ont été lancés en mai dernier,  associant largement les différentes parties prenantes (mouvement sportif, Etat, collectivités territoriales, monde de l’entreprise…). Ils  rendront  leurs conclusions à la fin de l’année.  La  France a une ambition olympique légitime mais si on y va,  ce sera pour gagner. A nous de ne pas reproduire les erreurs  des  candidatures passées. La démarche engagée me semble la bonne.

Recueilli par O.C.

 

 

grand_entretien

A l’approche de la rentrée des clubs et de la semaine Sentez Vous Sport, Denis Masseglia a confié à Filière Sport ses analyses des enjeux du sport français, en termes  de pratique mais aussi de relations avec les institutions, les marques et les équipementiers. “Il faut donner le goût du sport au jeunes”, déclare le président du Comité national olympique et sportif (CNOSF), qui voit les nouveaux rythmes scolaires comme une opportunité et appelle le monde de l’entreprise à passer du sponsoring au “partenariat sociétal”. Le point sur Sentez Vous Sport en vidéo ci-dessus et interview complète parue dans Filière Sport n°9 de septembre 2013 en cliquant ici.

 

Jeux olympiques qualifiés d’exceptionnels pour la marque Adidas, révision à la baisse des objectifs de Reebok, remise en cause de partenariats avec certaines fédérations sportives… Le Groupe Adidas est sous les feux de la rampe en cette rentrée. Six mois après sa prise de fonction, Alain Pourcelot, confie sa vision du marché et explique pourquoi il reste optimiste malgré les difficultés de la conjoncture.

Filière Sport – Vous avez été nommé par promotion interne, de même que les trois autres membres du comité de direction récemment nommés à de nouvelles fonctions. Est-ce le signe d’une volonté du groupe de privilégier la continuité ?

Alain Pourcelot – Ma nomination après sept ans d’expérience dans le Groupe Adidas donne une certaine consistance à ma prise de poste au niveau du Groupe. Il en va de même pour les collaborateurs qui ont été parallèlement promus. Nous avons ainsi un comité de direction expérimenté, puisqu’il est composé de personnes présentes dans le Groupe depuis plusieurs années. Ils connaissent intrinsèquement le marché et ont en commun notre culture d’entreprise, faite de proximité et d’humilité, que les sportifs nous rappellent régulièrement.

FS – Le directeur de la marque Reebok, Guillaume de Monplanet, a pris la tête de la marque Adidas. Peut-on facilement passer de l’une à l’autre ?
AP – Quelqu’un qui passe d’une marque à l’autre comprend mieux leurs similitudes et différences. En l’occurrence, Adidas et Reebok ont en commun le fait d’être deux marques de sport qui ont chacune développé des produits plus mode en s’appuyant sur leur propre culture, Adidas avec la signature Originals, Reebok avec Classics. Mais elles sont aussi très différentes par leur positionnement. Il y a une complémentarité assez forte entre les deux.

FS – Le groupe a réduit l’objectif mondial de résultat de Reebok à l’horizon 2015. Comment se comporte la marque sur le marché français ?

AP – Au niveau mondial, certaines décisions de non renouvellement de contrats, principalement aux Etats-Unis, ont des effets importants. En France, Reebok est en train de construire sa légitimité autour du fitness et du training. Tout le monde a besoin de s’entraîner. La culture de Reebok, c’est ce tronc commun à tous les sports, que l’on soit un sportif de très haut niveau ou de tous les jours. Il y a en ce moment une dynamique positive autour du fitness, qui se propage au monde entier. Le CrossFit en est la figure de proue, Reebok est en train d’en faire son sport de prédilection, à côté d’autres activités comme la danse, le yoga, la zumba, la gymnastique suédoise… Reebok souhaite capter ces pratiques qui, comme la marque elle-même, sont mixtes. L’autre dimension de la culture Reebok, c’est le running. Le running est le sport de tous les sports car là encore, courir fait partie du training. Et c’est une activité en croissance : Reebok continuera de s’y développer, en  chaussure comme en textile. Sur la partie Classics, Reebok reste fidèle à la culture et à la musique urbaine. Le partenariat avec la chanteuse Alicia Keys, l’égérie de la marque à partir de 2013, s’y inscrit totalement… Pour Reebok, cela se passe plutôt pas mal en France, la dynamique est forte mais il faut continuer de tranquillement la renforcer en s’appuyant sur ses deux forces, le sport d’un côté et le style de l’autre.

« Pour Reebok, en France, la dynamique est forte mais il faut continuer de la renforcer en s’appuyant le sport d’un côté et le style de l’autre. »

FS – Le même double appui prévaut pour Adidas…

AP – Oui car finalement, on retrouve le même consommateur faisant son footing le matin et qui s’habille en Originals pour sortir le soir. Mais le rôle essentiel d’une marque multisports leader comme Adidas, c’est d’innover. Nous avons lancé cette année la chaussure de football la plus légère et nous lancerons bientôt un produit révolutionnaire en running. Grâce à notre partenariat avec la Fédération française de Rugby [opérationnel depuis l’été dernier, NDLR], nous allons mettre en scène notre offre sur ce sport, avec des innovations dans le textile et la volonté d’apporter toujours quelque chose de nouveau. Les sports de prédilection d’Adidas sont le foot, le running, le training – aux côtés de Reebok – et le basket, un sport sur lequel nous souhaitons nous renforcer car il concerne le cœur de cible des consommateurs de sport, les 14-19 ans.

FS – En revanche, Adidas n’est pas parvenue à conserver son partenariat avec la Fédération française d’Athlétisme, signé par Asics !
AP – De tout temps, le but d’Adidas a été d’encourager la pratique sportive en France. C’est pourquoi nous sommes partenaires des Fédérations sportives. Nous avons la volonté d’être connectés avec elles mais dans les limites du raisonnable. Nous refusons les contrats qui portent l’investissement à un niveau trop élevé. Dans le cas du partenariat avec la Fédération française d’Athlétisme, dont nous étions partenaire depuis 40 ans, Adidas a participé à l’appel d’offres mais n’a pas été retenue. Nous le regrettons. Il y aura une possibilité de revenir dans quatre ans.

FS – La décision du Comité national olympique et sportif français (CNOSF) de laisser chaque fédération choisir son équipementier ne change-t-elle pas la donne des partenariats ?

AP – Pour nous, il n’y a pas de changement. Là encore, cela fait quarante ans que nous sommes partenaire du CNOSF. Nous avons été les seuls à répondre à son appel d’offres pour un partenaire unique. Il a été décidé par le Comité Olympique de le rendre caduque et de laisser chaque fédération désigner son partenaire. Nous en avons pris acte. Nous sommes dans l’attente des appels d’offres sur d’autres lots comme le podium, la gamme village, le défilé de cérémonies. Adidas espère être à nouveau la marque associée aux Jeux olympiques.

« Les questions de gestion des approvisionnements nécessiteraient une plus grande coordination entre les intervenants du marché. »

FS – Quel est votre bilan des JO 2012 ?
AP – Il est exceptionnel ! Les Jeux ont donné une présence incroyable à Adidas. En France, il y a eu un engouement pour nos gammes olympiques que, pour la première fois, nous avions mis en vente non seulement dans nos propres magasins, mais aussi chez nos clients distributeurs. Mon rêve, c’est que nous travaillions tous pour faire venir les Jeux olympiques en France, en 2024 – année du centenaire des derniers JO organisés à Paris – ou en 2028. Les 80 000 personnes qui sont venues célébrer les champions français sur les Champs-Elysées témoignent de la connexion entre les Français et leurs athlètes. Cela va donner envie à beaucoup d’enfants français de s’inscrire dans les clubs. L’effet est d’autant plus intéressant qu’il concerne de nombreuses disciplines. Il me rend optimiste pour la rentrée sur le marché du sport.

FS – Au-delà de l’effet JO, comment sentez-vous l’évolution de la consommation sur la fin 2012 et le début 2013 ?

AP – Le climat reste pesant sur l’économie mondiale en général mais je crois que le sport et les marques qui font rêver détiennent de solides fondements. Le nombre de licenciés augmente dans la plupart des fédérations, telles que le handball, le rugby, le judo ou le tennis, dont nous sommes partenaires. Il n’y a guère que le football qui souffre. Globalement, il n’y a pas de désaffection de la pratique sportive, aussi bien dans que hors des clubs. Or c’est la pratique qui précède la consommation d’articles de sport.

FS – Vous restez optimiste également pour les produits sport-mode ?
AP – Les ventes de produits sport, comme celles de produits style-de-vie, sont en croissance raisonnable. Ces derniers ont par définition un potentiel beaucoup plus grand. Si on continue de développer la pratique sportive, la dynamique du lifestyle restera forte car les marques de sport font rêver. Les athlètes sont des donneurs d’envie, les événements sportifs sont des catalyseurs. Il peut y avoir des décalages conjoncturels de consommation, mais structurellement, le marché reste porteur.

« Mon rêve, c’est que nous travaillions tous pour faire venir les Jeux olympiques en France. »

FS – Quels leviers comptez-vous actionner pour affronter ces « décalages conjoncturels » ?

AP – Le premier enjeu, dans un contexte difficile, c’est l’innovation, une innovation réelle pour le consommateur. Le second, c’est qu’il perçoive cette innovation et là, la capacité des distributeurs à mettre en scène nos innovations est essentielle. Le troisième enjeu, c’est de nous adapter. Il y a un an, la flambée des coûts des matières premières a généré une augmentation des prix de nos produits. Il est possible que ces coûts matière arrêtent de croître. Nous adapterons nos prix en fonction de l’économie, comme nous adapterons nos investissements. Il faut cependant garder en mémoire que les articles de sport ont une valeur unitaire moyenne faible, ce qui protège en partie le marché du risque de récession. Notre rôle est de construire nos marques dans la durée, et nos investissements, qu’ils soient en marketing, en communication, dans l’innovation ou en points de vente, continueront à dynamiser le marché.

FS – Comment s’équilibrent aujourd’hui vos ventes entre la distribution aux détaillants multimarque et vos propres canaux ?

AP – Nous réalisons un peu moins de 20 % de notre chiffre d’affaires dans nos magasins propres à l’enseigne, nos magasins d’usines et sur notre site e-commerce. Cette règle des 20-80 nous va bien. Elle suffit à créer une expérience de marque pour les consommateurs et à nous procurer une connexion directe avec eux. Gérer nos propres magasins nous confronte par ailleurs aux problèmes que rencontrent nos clients et de ne pas nous limiter à un discours de fournisseur.

FS – Sur quels points clés portent votre travail avec les distributeurs ?
AP – La mise-en-scène en magasin est indispensable. Comment avec toi, distributeur, je vais mettre en avant mes innovations et recréer l’émotion du sport en magasin ? La gestion de la chaîne logistique est également fondamentale : avoir les bonnes tailles, renouveler les produits dans les temps, etc., permet à la fois d’augmenter les ventes et de limiter le coût des stocks. Au niveau européen, notre programme NooS (Never out of Stock), qui part des données de ventes distributeur pour piloter les fabrications et les livraisons aux magasins, répond à ce besoin. Nous travaillons de plus en plus en partenariat avec chacun des distributeurs en matière de gestion des approvisionnements. Ce sont des questions qui nécessiteraient cependant une plus grande coordination entre les intervenants du marché. Nous aimerions que cela aille plus vite. Il faut qu’il y ait une vraie convergence.

FS – Quels sont vos objectifs en matière de franchise ?

AP – Notre développement en franchise concerne quasi-uniquement adidas Originals. Nous nous interrogeons sur l’opportunité de le faire pour Reebok mais c’est encore en réflexion. La franchise rend l’entièreté de la gamme Originals accessible au consommateur. En renforçant la visibilité de la marque, elle bénéficie aussi à nos partenaires multimarque. C’est donc un levier marketing et commercial fort. L’enseigne Originals compte aujourd’hui une quinzaine de magasins. Nous n’avons pas d’objectif précis à terme. Nous souhaitons la développer dans les villes moyennes avec des partenaires professionnels du textile ayant l’expérience des marques. Originals est une marque premium, il n’est pas question d’ouvrir des magasins partout.

Propos recueillis par Olivier Costil

Un comité de direction de fidèles au Groupe
On ne révolutionne pas une équipe qui gagne. Alain Pourcelot, 46 ans, nommé directeur général du Groupe Adidas en avril dernier en remplacement d’André Maestrini (qui a pris la tête de la zone Amérique latine, a rejoint le fabricant d’articles de sport en 2005. Suite à sa nomination), ses fonctions de directeur de la marque Adidas ont été reprises par Guillaume de Monplanet, 37 ans, précédemment directeur de la marque Reebok. Celle-ci est désormais placée sous la responsabilité de Sandrine Retailleau-Vallet, 46 ans, qui occupait précédemment le poste de directrice du développement commercial du Groupe Adidas. Elle est l’une de trois femmes du Comité de direction, dont les neuf membres ont tous au moins quatre ans d’expérience au sein de l’entreprise. Le plus ancien, Jérôme Lévêque, nommé directeur commercial en avril dernier, a rejoint le groupe en 1996.
LE GROUPE ADIDAS EN CHIFFRES
  • 13,34 Mds € de chiffre d’affaires net en 2011.
  • 671 M € de resultat net en 2011.
  • + 11 % d’évolution de chiffre d’affaires au premier semestre 2012 (+ 5 % en Europe de l’Ouest).
  • Près de 2 500 points de ventes clients Adidas et 2000 Reebok en France.
  • 16 magasins Adidas Originals franchisés.
  • 10 concept stores Adidas.
  • 1 Adidas Originals intégrés.
  • 12 magasins d’usine en France.
  • 800 salariés en France.