Simon Yarwood

Malgré la concurrence des synthétiques, le cuir a encore de beaux jours devant lui. C’est l’avis de Simon Yarwood, directeur général de World Trades Publishing, éditeur des magazines professionnels World Leather, World Footwear et World Sports Activewear. Intervenant au 3è World Leather Congress 2017 qui s’est tenu fin août dernier à Shanghai, Simon Yarwood livre à Filièresport sa vision de l’avenir du cuir dans le sport.

Filièresport : Quelle est l’image du cuir sur le marché du sport ?

Simon Yarwood : Le cuir, certes, n’y a plus la place qu’il avait. La première raison est économique : les synthétiques, hydrocarbonés notamment, coûtent moins cher et les sources d’approvisionnement sont plus abondantes. Au total un milliard de mètres carrés de cuir « fini » sont produits dans le monde par an. La quantité de plastique que les fabricants de matériel et les marques essaient de faire passer pour du cuir serait 50 fois plus importante ! Est-ce seulement une question de coût ? Non, car les qualités du cuir sont uniques. C’est une matière à forte valeur ajoutée. Mais sur le marché du sport, il y a un vrai défi à relever car les marques veulent alléger à tout prix leurs produits. L’enjeu des producteurs de cuir est d’aider leurs clients à atteindre ces poids réduits tout en étant capables de conserver la beauté, la souplesse, l’aspect naturel, la durabilité et les qualités environnementales du cuir.

Le cuir peut-il s’adapter à ces nouvelles exigences ?

Du chemin a déjà été parcouru : les chaussures de foot en cuir de Just Fontaine – avec lesquelles il a établi le record historique de 13 buts marqués lors de la Coupe du Monde 1958 en Suède – pesaient 352 grammes chacune. C’était le modèle « F 181 » d’Adidas. Le modèle « Adizero 99g », notamment porté par le joueur du Bayern David Alaba pendant l’Euro 2016 en France pesait 3,5 fois moins !

L’image du cuir est-elle différente dans le sport et dans la mode ?

Les grandes maisons de mode savent que si elles veulent continuer à faire payer aux consommateurs des centaines d’euros pour un sac à main, le sac doit être de la plus haute qualité possible, et qu’il soit donc en cuir. Il y a deux ans le Financial Times a demandé à Prada quel était le coût du cuir pour un sac : c’était entre 90 et 100 €, une belle somme certes, mais il s’agissait d’une peau de veau français tannée en Toscane. En fait, cela ne représentait que 4,3 % du coût total du sac ! Prada dépense infiniment plus en marketing et en publicité, mais ni l’un ni l’autre ne rendent le sac plus beau pour autant…

Le cuir est une matière naturelle. Est-ce une matière écologique ?

Bien sûr. Quelque 250 millions de peaux arrivent chaque année sur le marché du cuir, parce que les industries de la viande et laitières envoient les animaux à l’abattoir. Si nous avions à choisir entre envoyer ces 250 millions de peaux à la décharge ou demander aux tanneurs de les transformer, quelle serait la décision la plus écologique ?

L’industrie du tannage est-elle si vertueuse ?

Les meilleurs tanneries du monde mènent aujourd’hui des politiques environnementales strictes qui incluent le recyclage des produits chimiques utilisés et le traitement des eaux usées, la transformation des déchets en énergie avec au bout du compte une production « zéro déchet ».

Que pensez-vous de la campagne Detox de Greenpeace. L’industrie du cuir risque-t-elle d’être une cible pour les écologistes ?

Greenpeace fait un travail remarquable en sensibilisant toutes les entreprises au respect de l’environnement. Le cuir est depuis longtemps dans la ligne de mire des militants écologistes. C’est pour cela que nous avons lancé le prix “Tannery of the Year” destiné à promouvoir les tanneurs responsables. Bien d’autres entreprises dans différents secteurs devraient suivre cet exemple !

Les revendications des consommateurs vegan pour un “green leather” sont-elles réalistes ?

Le cuir est intrinsèquement « vert ». C’est une industrie de recyclage vieille de plus de 5000 ans ! Pourquoi les vegan continuent-ils à utiliser le mot tant honni par eux alors qu’il s’agit en fait de purs synthétiques ?

Le cuir a-t-il un futur sur le marché du sport ?

Les athlètes et les sportifs n’hésitent pas à vanter et défendre l’héritage et la tradition : c’est excellent pour le cuir ! Il y a dix ans, les autorités ont essayé d’introduire des ballons en composite dans le championnat de la NBA. Les joueurs ont protesté. Jusqu’à ce jour, des sociétés comme Molten ou Spalding utilisent encore et toujours des cuirs pleine fleur pour la plupart de leurs ballons, approuvés par la FIBA.

Le cuir pourra-t-il rivaliser avec les matériaux à haute performance ?

Les meilleurs tanneurs essayent en permanence de répondre aux attentes changeantes des consommateurs. Outre l’allégement du cuir, des recherches prometteuses sont en cours pour ajouter des fonctionnalités nouvelles aux propriétés naturelles du cuir comme la résistance à l’eau, des propriétés antimicrobiennes ou la respirabilité.

Propos recueillis par Dominique Demoinet Hoste