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Yohan Penel (FFBad) : « Nous visons le million d’adhérents »

27/03/2023
Président de la Fédération Française de Badminton, Yohan Penel a accordé un long entretien à Filièresport pour évoquer les nombreux projets mis en œuvre depuis sa nomination pour transformer son modèle économique et répondre aux nouvelles exigences des pratiquants.

La Fédération Française de Badminton affiche des résultats très positifs cette année. Quel bilan dressez-vous de cet exercice 2022 ?

Lorsqu’on regarde le nombre de licences à la fédération, on est sur des résultats records alors qu’on avait perdu 30% de nos adhérents pendant la crise sanitaire. A date, on est à plus de 194 000 licences, alors que le record précédent qui datait de l’exercice 2016-2017, était de 191 600. C'est un signal fort.

D'un point de vue sportif, on sort d'un mois de février qui a été extrêmement dense avec des magnifiques Championnats de France Elite organisés en Bretagne, des Championnats d'Europe par équipes mixtes où on est passé à un point près du titre puis le 8 Nations U15 durant lequel on a gagné la médaille d'or par équipe et on a obtenu huit médailles individuelles. Sans oublier la qualification paralympique qui a commencé la semaine dernière. Donc on le voit, il y a des signaux sportifs également très positifs.

Sur un aspect plus qualitatif, on essaie de vraiment travailler depuis deux ans sur la question de l'impact sociétal et de répondre à la question centrale : à quoi servent les associations sportives en France ? C’est du divertissement, bien sûr, mais c’est aussi du sport santé pour maintenir les Français en bonne condition physique, un moyen de rompre l'isolement en créant du lien social et également un véritable vecteur éducatif. Notre objectif, c’est de traduire concrètement tous ces éléments en réfléchissant à l'apport positif que les associations de badminton peuvent avoir sur leur territoire et sur les populations.

Crédits : Badmintonphoto

Le badminton est un sport facile d’accès et intergénérationnel. Avez-vous pu définir le profil type de vos adhérents ?

Il y a des constantes sur la typologie des pratiquants. On est sur un badminton qui accompagne les badistes tout au long de leur vie, qui va de cinq ans à plus de 90 ans, avec une segmentation qui est globalement d’un tiers de mineurs, un tiers de 18-35 ans et un tiers de plus de 35 ans.

Sur le ratio femmes/hommes, on est à un tiers de femmes et deux tiers d'hommes. Là aussi, ce sont des statistiques relativement constantes. Sur notre offre compétition, on est sur un tiers de compétiteurs (adhérents qui participent aux compétitions organisées par la fédération, ndlr) et deux tiers de non compétiteurs qui pratiquent vraiment le badminton pour sa dimension ludique et conviviale.

Finalement, ces chiffres n’ont pas été affectés par les montagnes russes qu'on a pu vivre ces dernières années. Le badminton reste un sport qui se prête à tous les genres, qui se pratique tout au long de la vie, quelles que soient les aspirations. Ce sont les vrais atouts de notre sport et sur lesquels on veut jouer.

Après 2 ans à la tête de la fédération, le bilan est-il globalement positif ?

Oui, mais les signaux positifs que j'évoquais précédemment sont le fruit de beaucoup de paramètres. D’une part, il y a une envie de faire plus de sport chez les Français, de manière générale. D’autre part, il y a des leviers qui ont été activés par l'Etat, par exemple à travers le Pass’Sport qui est une aide à la prise de licence pour des familles précaires. Enfin, cette réussite est avant tout due au travail des bénévoles et des professionnels sur le terrain.

Comment définiriez-vous votre stratégie ?

En termes de stratégie et de développement, notre souhait a été de jouer sur deux piliers : la performance sportive et la performance sociale. En d’autres termes, envisager le badminton comme une finalité à travers le dépassement de soi et la quête de victoire. Valoriser les bienfaits potentiels d'une pratique adaptée du badminton sur les populations et les territoires et travailler sur la force d'innovation et de créativité de notre communauté.

Pour cela, on peut compter sur nos dirigeants, dont certains sont très jeunes et pleins de potentiel, mais aussi sur tout un écosystème. Les acteurs économiques du badminton sont notamment cruciaux pour mener à bien cette stratégie. Il y a plein de revendeurs de matériel de badminton avec qui il faut que l’on travaille parce qu'ils sont quotidiennement au contact des badistes dans les boutiques. Ce sont des baromètres indispensables pour connaitre efficacement les besoins et attentes des badistes.

Le troisième élément, c'est effectivement l'évolution de la société entre 2000 et aujourd'hui, même s’il faut bien distinguer la période pré-Covid et post-Covid. Sur la pratique du sport, la société a évolué dans son rapport aux contraintes et, en cela, les créneaux à heure fixe des associations sportives ne répondent plus forcément avec cette envie de liberté. Et dans le même temps, les badistes, principalement les plus jeunes, sont aujourd’hui en quête de sens et s’interrogent sur leurs habitudes et questionnent notre société. Face à ses interrogations, le monde sportif doit trouver sa place, doit légitimer son utilité et doit questionner son sens dans le parcours de vie de ses adhérents. Selon moi, la richesse de la vie associative peut répondre à tout ça. Par contre, il faut sortir de ce qui a pu être institutionnalisé depuis des décennies.

Dans le contexte actuel, les fédérations sportives doivent repenser leurs modèles économiques. Qu’en est-il pour la FFBad ?

Notre objectif est d’améliorer la performance globale de la fédération en tant qu'entité. Aujourd'hui, on est une PME avec un budget annuel de 10 millions d'euros. Pour poursuivre notre développement, nous avons fait le choix de faire des investissements forts, en particulier humains, puisqu'on a recruté 20 personnes en 2022 pour venir professionnellement contribuer à la réalisation du projet fédéral.

Ensuite, nous avons renforcé la diversification des ressources économiques de la fédération qui dépendait essentiellement du produit des licences. Nous avons notamment investi le champ de l'intérêt général, avec la création d'une fondation de la performance sociale du sport qui s'appelle « 1PACTE Gagnant » pour mettre en relation des porteurs de projets à impact et des mécènes. Nous continuons d’investir dans la formation en développant notre CFA (Centre de Formation d'Apprentis, ndlr) et nous participons également aux appels à projets qui peuvent porter à la fois sur la transformation numérique, le développement de la haute performance, mais aussi sur l'insertion professionnelle par le sport, l'insertion sociale des réfugiés, le maintien et le prolongement de l'autonomie des personnes âgées, et cetera.

Crédits : Badmintonphoto

Vous êtes, de fait, en concurrence avec les autres fédérations sportives françaises et en particulier avec celles qui concernent spécifiquement les sports de raquette. Est-ce que vous travaillez à vous démarquer d’elles ?

Oui et non. Sur la performance sportive, évidemment, on est tous concurrents pour les ressources et les aides que l’on peut obtenir et pour faire briller nos sports, notamment dans l’espace médiatique, ce qui n'est pas forcément le cas du badminton aujourd'hui.

Par contre, sur la performance sociale, on est tous partenaires. Par exemple, on travaille actuellement avec sept fédérations sur un projet de mise en relation entre chercheurs d'emploi et recruteurs avec le ministère du Travail. On voit bien que la dimension de performance sociale et d’impact sociétal, ça peut se faire que tous ensemble.

Le badminton a toujours renvoyé l’image d’un sport familial et de loisirs. Est-ce un atout ou un frein à son développement ?

Le badminton peut paraître extrêmement simple à mettre en place. Il faut deux poteaux, un filet et on peut commencer à jouer et prendre du plaisir très rapidement sans aucun bagage technique. C'est à la fois notre force et notre faiblesse car on peut avoir l'impression qu'on n'a pas besoin de structure fédérale. Or, pour optimiser cet impact des pratiques sur la vie des gens et des territoires, notre capacité d'ingénierie et de vision stratégique est essentielle.

C’est pour cela qu’on vise le million d’adhérents, à l'égal du tennis aujourd'hui. On est convaincu qu'on arrivera à fédérer la totalité des clubs de badminton en France derrière l'idéal qu'on promeut et en travaillant avec l'ensemble des structures privées.

Crédits : Badmintonphoto

Nous sommes à un peu plus d’un an des Jeux Olympiques et Paralympiques de Paris 2024, comment comptez-vous profiter de l’exposition médiatique offerte par cet événement pour développer le badminton en France ?

Tout d’abord, nous avons la chance d’être une discipline à la fois olympique et paralympique. Nous serons donc présents sur les deux événements. Or, il est certain que nos meilleurs ambassadeurs pour faire grandir le badminton en termes de visibilité médiatique restent nos athlètes de haut niveau. Evidemment, plus nos athlètes iront loin dans ces compétitions, plus on pourra exister dans le paysage médiatique. Mais ça ne suffira pas. La question du poids institutionnel que j’évoquais précédemment, c’est-à-dire le nombre de licences, les partenariats ou encore le poids économique du badminton sont des éléments essentiels à sa réussite. Il faut aussi travailler sur le marketing du badminton fédéral, la féminisation et la diversité de la pratique, nouer plus de partenariats avec des acteurs de l'intérêt général et des acteurs économiques forts. Toutes ses dimensions sont importantes et aucune ne peut être négligée.

Pour conclure, que peut-on vous souhaiter pour ces prochaines années ?

C'est difficile d'en extraire une. Évidemment, ce qui est sûr, c'est que le pari sera réussi si, en 2025, les grands médias voient notre sport différemment et qu’ils s'y intéressent dans toutes ses dimensions, qui sont multiples. Encore une fois, que ce soit en termes de mixité de genre, de générations, cette capacité à s'adapter à la condition physique de la personne et surtout apporter du bonheur aux gens.

Parce que dans ce contexte qui n'est pas rose tous les jours c’est notre première mission. Avec la réforme des statuts de la fédération qu'on porte, on veut affirmer que notre raison d’être est avant tout de jouer un rôle positif dans la trajectoire de vie de nos adhérents et leur épanouissement personnel. Si on apporte un peu de bonheur aux gens dans leur quotidien, c'est la plus grande récompense qu'on puisse avoir, nous, bénévoles et professionnels du badminton.

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