L’UESC met le logement des saisonniers au cœur des municipales 2026
La conférence animée par Brice Blancard réunissait Jérôme Camps, président de la commission montagne de l’UESC, et vice-président de la fédération et Virgile Caillet, délégué général. En toile de fond : tension immobilière, flambée du foncier, et entreprises contraintes de “porter” le logement des équipes, avec une charge qui pèse de plus en plus lourd dans les coûts d’exploitation.
Pour l’UESC, le logement est désormais le premier point de blocage de l’emploi en station. Quelques repères donnent l’échelle : 2/3 des magasins logent au moins 50 % de leurs salariés ; 3/4 louent des appartements via des tiers (agences ou particuliers) ; 1/4 s’appuient sur un programme porté par la collectivité ; 4/10 prévoient d’investir dans le logement de leurs salariés.
Jérôme Camps décrit un effet ciseau : dans les stations où l’hébergement repose sur du locatif, loyers en hausse et biens rares font monter la facture. Le logement devient un poste structurant du modèle économique (et un frein à l’embauche), au même titre que le stock, la masse salariale ou l’énergie.
Virgile Caillet rappelle que le lobbying, c’est “la capacité à influencer des décisions politiques ou économiques”. Méthode UESC : partir du terrain, objectiver, puis dérouler un argumentaire technique. Après ce travail avec les entreprises, trois niveaux sont activés : administrations (Bercy/DGE, parfois DGT) pour chiffrer et arbitrer ; parlementaires (députés/sénateurs) vus individuellement pour faire émerger le sujet — avec un soutien souvent transversal des élus de montagne et enfin cabinets ministériels.
La “double peine” fiscale
Au cœur des revendications : une “double peine”. D’un côté, un dirigeant héberge ses saisonniers pour fidéliser et garantir des conditions décentes, mais se voit taxé : le logement du saisonnier est considéré comme une résidence secondaire. De l’autre, le salarié peut supporter un avantage en nature sur sa fiche de paie. Dans certaines stations, des surtaxes locales s’ajoutent. Conséquence : l’hébergement n’est plus seulement un problème d’organisation, c’est un coût structurel qui fragilise la rentabilité et la continuité d’exploitation — et qui pèse, par ricochet, sur l’expérience client.
L’UESC demande à l’État de reconnaître le logement des salariés dans les communes touristiques comme un “facteur de production”. Deux mesures sont mises en avant :
- Exonérer de taxe d’habitation (résidences secondaires) les entreprises qui louent des logements pour le compte de leurs salariés.
- Permettre la déduction de TVA sur les opérations immobilières réservées au logement des travailleurs, comme pour toute autre charge liée à l’activité économique.
Le syndicat anticipe les objections : la taxe d’habitation alimente les budgets communaux, donc comment compenser le manque à gagner ? Et comment éviter les effets d’aubaine (prendre un saisonnier “alibi” pour ne pas payer la taxe toute l’année) ? Autrement dit : la demande doit être juridiquement verrouillée et économiquement chiffrée.
Communes : appliquer la convention de la Loi Montagne II
Au-delà du fiscal, l’UESC cible une obligation locale jugée trop peu respectée : la convention pour le logement des travailleurs saisonniers prévue par la Loi Montagne II (2016). En théorie, elle impose aux communes supports de domaines skiables de fixer des objectifs, réaliser un diagnostic, puis déployer un plan d’action. En pratique, beaucoup s’arrêteraient au principe, sans mise en œuvre opérationnelle.
Les attendus : objectifs fondés sur un diagnostic, plan d’action à trois ans, indicateurs de suivi, gouvernance pour piloter l’exécution.
Autre point clé : la bonne échelle est souvent intercommunale. Beaucoup de saisonniers ne vivent pas dans la commune où ils travaillent. Dès lors, la question du logement se double de celle de la mobilité : bus, covoiturage, liaisons entre communes, horaires adaptés. L’UESC appelle à piloter “sur le long terme” à l’échelle du territoire : intégrer logement et mobilité dans les documents d’urbanisme (PLUi, PLH…), nommer un référent intercommunal, et travailler avec les acteurs publics (Région, Ademe, Cerema) pour réduire l’empreinte carbone des déplacements.
Des solutions pour s’inspirer
Plutôt que d’en rester aux principes, l’UESC met en avant des outils déjà utilisés : PLU intégrant des logements adaptés, Bail Réel Solidaire, conventions employeur–travailleur–CCAS, reconversion d’hébergements touristiques vacants en logements saisonniers, SEM immobilière pour fluidifier le marché, aides à la réhabilitation de l’immobilier privé. Le message : des dispositifs existent, et les candidats doivent arriver avec un “plan logement” crédible, construit avec les acteurs économiques.
Sur le statut du saisonnier (dont l’idée de CDII), les intervenants reconnaissent un contexte politique peu favorable à des avancées rapides. En revanche, Jérôme Camps ouvre une fenêtre : les JO d’hiver 2030. L’UESC veut peser pour que les logements créés pour les athlètes puissent, après les Jeux, être réaffectés au logement des saisonniers.
Pour les dirigeants de magasins et les marques très exposées à la montagne, le message est clair : les municipales 2026 peuvent devenir un moment décisif pour sécuriser la ressource la plus critique en station : les équipes.